Qui évangélise qui ?

Le phenomene qui inquiete!

Modérateur: amusniw

Qui évangélise qui ?

Messagede Invité » Mar Nov 29, 2005 11:54

Évangélisation

Les constantes nationales et le sous-entendu kabyle

Ne cachons pas le soleil avec un tamis : dès que l’on parle d’évangélisation, c’est à une certaine région du pays que l’on se surprend déjà à penser. On parle de prosélytisme catholique, on accuse l’église méthodiste, on apprend même de la riposte des cellules anti-évangélisation distribuant le Coran en tamazight. La Kabylie, que certains soupçonnaient de vouloir changer de drapeau, serait-elle disposée à épouser une autre religion que celle de la majorité ? Mais pourquoi ce qui n’était point advenu en 132 ans d’occupation serait-il devenu probable aujourd’hui ? Qu’est-ce qui nécessite que l’on s’occupe impérativement de la sécurité collective menacée, sachant que tout ce qui sera décidé ne sera fait, en définitive, que dans cette seule région du pays ? Pour y répondre, il faut d’abord trancher la question de savoir si nous sommes dans le terrain du religieux ou celui, plus pernicieux, du politique, avec les fines frontières et les fortes passerelles que l’on devine entre l’opium et le bâton.

A tous points de vue, la décision du gouvernement relative aux cultes autres que musulman constitue un précédent. Elle n’en représente pas moins une source de contradictions d’ordre constitutionnel, juridique et moral et réveille les vieux tabous que la société algérienne ne cesse d’éluder. Un débat qui, au vu du désintérêt des politiques et de la société civile, étonne par l’indifférence générale qu’il tente en vain d’ébrécher. Bien entendu, il ne peut pas y avoir de gêne à appréhender la question religieuse parmi la société algérienne qui, historiquement, s’est exprimée à travers ses dirigeants réels ou autoproclamés comme appartenant à sphère arabo-musulmane. Fait qui, par les tenants historiques, est de nature à lui seul à trancher tous les débats. A tout le moins, pourrait-on ajouter, tant que les tabous ne souffrent d’aucun dérangement. Il n’est pas besoin de démontrer ici le caractère éminemment majoritaire de l’islam dans la société, le reste des religions ne concernant pas plus de 0,5% des Algériens, selon les chiffres statistiques officielles. Le passé de l’Algérie, ses origines, font qu’elle est le produit d’une révolution indépendantiste qui a opposé non seulement colonisé et colonisateur, mais aussi musulman (autrefois dit français musulman) et chrétien, avec ceci de particulier que s’il n’était pas question de mener une guerre sainte au nom de l’islam, mais une guerre d’indépendance, bien que l’union des Algériens n’a pu se faire sans le levier de la religion comme référent identitaire et idéologique commun et en tant que ciment de la solidarité collective. Aussi, il était quasiment une fatalité de l’histoire que, dans le cours d’une guerre ou tout se faisait par rapport à l’ennemi, s’affirment non pas les plus faibles d’entre les nuances, mais les différences les plus marquées qui conditionnent le combat et la détermination de ses meneurs. C’est de cela, entre autres, que sera porteuse la plate-forme de la Soummam en août 1956 lorsqu’il s’agissait de doter la Guerre de Libération d’un contenu idéologique devant être le prélude du futur Etat algérien indépendant, en consacrant une identité nationale puisée des référents arabo-musulmans. Soulignons au passage que jamais sur des questions aussi délicates et décisives comme la religion, la génération de Novembre ne s’est permis de commettre la moindre erreur qui déteindrait sur le prestige de la lutte ou atténuerait de la portée humaniste du combat mené alors. C’est ainsi que, de la proclamation du 1er Novembre 1954 aux accords d’Evian, il n’a nulle part été question de jeter une quelconque ligne de démarcation autour de la religion. On parlait d’Européens, de Pied-noirs, mais jamais de chrétiens ou de juifs et, en tous cas, il s’agissait de laisser libres de leur choix les non-musulmans de rester en Algérie et de conformer aux lois de l’Etat naissant ou de quitter le pays. Jamais le FLN (historique) n’a fait de différence entre les Algériens et les non-Algériens qui ont combattu parmi ses rangs, ceux qui ont parfois payé de leur vie la liberté de ceux qu’ils ne sont pas censés rencontrer au paradis. La principale place de la capitale porte bien le nom d’un chrétien (Maurice Audin) et ce ne sont pas les exemples qui manqueraient pour étayer ce propos, de même que l’existence au grand jour des diverses communautés chrétiennes et juives à travers le territoire national qui ont eu, elles aussi, leur lot des vicissitudes qui ont affecté le pays.

La pertinence d’une décision

Cette trame historique concernant le lien des différences religieuses avec les conditions de l’avènement de l’Algérie indépendantes ne doivent pas être perdues de vue afin de mieux entrevoir le chemin parcouru par rapport à la question religieuse en Algérie. Car aujourd’hui, la réalité est autre, et notamment au niveau des principes.

Le fait dont il est question est que le Conseil de gouvernement a adopté un avant-projet de loi fixant les conditions et règles d’exercice des cultes autres que musulman (présenté par le ministre de la Justice). "L’avant-projet de loi vise à combler un vide juridique quant au cadre d’exercice de toute activité ou manifestation religieuse autre que musulmane. Pris sur la base des dispositions constitutionnelles et des lois en vigueur, le texte fixe les conditions d’exercice des cultes tant au plan des principes que des procédures, tout comme il conforte la portée de l’article 2 de la Constitution qui proclame l’Islam religion de l’Etat. " A cet effet, l’avant-projet de loi énonce que "la pratique de cultes autres que musulman doit se faire dans un cadre associatif, au sein d’associations à caractère religieux qui seront constituées conformément aux lois et règlements en vigueur régissant ce domaine d’activité». De même, "le texte recèle des dispositions visant à mettre un terme aux activités anarchiques d’associations ainsi que de personnes étrangères en Algérie et à contenir par la force de la loi les entreprises de prosélytisme menées à l’endroit des musulmans dans notre pays".

Pour s’en tenir à l’esprit de la Constitution seulement, on ne peut s’empêcher d’évoquer l’article 36 qui garantit la liberté de conscience. Cette notion, vague, floue, sans définition aucune par aucun texte de loi, peut être interprétée comme le droit pour un Algérien de penser et de croire en toute liberté, ce qui veut dire aussi différemment. Le législateur a-t-il sciemment omis de ne pas parler de liberté de culte, notion plus claire et qui consiste en la liberté de croire ou de ne pas croire, de même qu’en celle d’adopter n’importe quelle religion et, bien évidemment, d’en changer ? Tout de même, cela reste loin de suffire lorsqu’il s’agit d’expliquer le déni de l’individualité de la foi (autre que musulmane dans ce cas de figure), par l’exigence de l’association.

Le fait est qu’il importe d’être clair : la liberté et la démocratie sont incompatibles avec des privilèges accordés à une religion au détriment des autres. Nous ne sommes plus dans des questions liées à la laïcité, mais dans le rapport des différentes religions entre elles du point de vue de l’Etat algérien. Car de tout temps, la propagation de la foi musulmane est revendiquée comme un droit à l’étranger et notamment là où les communautés musulmanes sont fortement représentées.

La décision du gouvernement de passer outre ce principe à domicile ne manquera pas de creuser le fossé séparant l’Algérie des Etats construits par les peuples libres et de renforcer la réaction raciste en Occident.

A titre d’exposé des motifs, le gouvernement s’estime être dans une situation d’autodéfense. De la sorte, ce n’est pas de culte qu’il est question, mais de riposte de l’Etat à une menace extérieure. C’est un sujet qui ne se présente pas sans ses aspects sécuritaires, donc, et il serait intéressant de connaître les atouts de cette force ennemie et ses capacités à repousser la foi musulmane dans le cœur des Algériens, si d’aventure on laisserait son œuvre se dérouler à son terme. N’est-ce pas déjà suffisamment inconcevable qu’un Algérien – à moins de ne pas connaître les Algériens ou alors c’est qu’il s’agit d’autre chose, en fait – décide de changer de religion sur simple récitation de quelque chose d’autre que ce à quoi ils ont toujours cru ?

A aucun moment et d’aucune façon, le gouvernement n’explique sa décision. Il n’est même pas fait état d’un éventuel rapport du ministère des Affaires religieuses ou de l’Intérieur, il n’est donné aucun chiffre et aucune partie n’est accusée de ce qu’il n’est plus désormais permis de faire. Impossible de situer, donc, par les voies officielles, la nature de cette menace chrétienne en Algérie.

La nature d’une menace

Monseigneur Henri Tessier, archevêque d’Alger, a eu publiquement à dégager la responsabilité des religieux et des religieuses de l’église d’Algérie dans l’apparition de ces nouvelles communautés évangéliques. "Ce n’est pas nous qui les avons suscitées ni qui en assurons la promotion. Nous ne les avons pas organisées et nous ne les animons pas", a-t-il déclaré au Quotidien d’Oran. "Depuis quarante ans, nous avons des bibliothèques ouvertes pour les étudiants. En quarante ans, nous n’en avons pas baptisé un seul. Nous avons ouvert ces bibliothèques parce que nous pensons que nous pouvons aider des jeunes à réussir leurs examens, à avancer s’ils en ont les moyens", a-t-il indiqué.

Mais la réalité est là et même que l’évangélisation gagnerait du terrain en Kabylie. C’est le constat final qui a inquiété les participants à un colloque organisé en mai 2004 par l’Université des sciences islamiques Emir-Abdelkader. Comment tolérer l’existence de quinze églises à Tizi Ouzou, alors que deux seulement sont officiellement agréées par les autorités ? Selon l’un de ces universitaires, M. Haouli, cité par l’AFP, 30,58% des habitants de cette région, qui compte environ six millions d’habitants, fréquentent les églises. Fions-nous à cette prodigieuse précision pour conclure que cela donne, au moins, déjà pas moins de deux millions de chrétiens en Algérie ! Cette même source, à la fiabilité des plus discutables, indique néanmoins que 74% des personnes allant à la messe le font essentiellement pour «profiter des aides financières des missionnaires».

Notre confrère Le Jeune Indépendant, dans une enquête consacré au sujet, a estimé que «des missionnaires qui, mettant à profit la détérioration des conditions sociales, exacerbées dans les années 1990 par la violence terroriste et un taux d’analphabétisme important, proposent leurs services au démunis, distribuant gratuitement des livres et autres publications faisant l’éloge du Christ». Interrogé par la presse pour donner son avis, un universitaire de Tizi Ouzou a affirmé que "ce qui se passe en Kabylie n’est qu’un point de départ d’une campagne qui vise tout le pays". "C’est pourquoi 10.000 exemplaires du Coran traduits en tamazight ont été distribués par la cellule de lutte contre l’évangélisation", a-t-il assuré, révélant aussi l’existence d’un projet d’explication des préceptes de l’Islam en tamazight "pour contrer le prosélytisme chrétien en Kabylie".

Selon des statistiques officieuses citées en 2003 par l’ONU, l’Algérie, pays de 30 millions d’habitants à 99% musulmans, ne compterait qu’environ 10 000 catholiques et 5 000 à 20 000 protestants. Il semblerait, de plus, que ce phénomène de christianisation soit assez mineur et le fait d’évangélistes venus de l’étranger, sans lien avec les églises catholique et réformée présentes sur place. Le rapporteur onusien Abdelfattah Amor a également cité, il y a un peu plus d’un an, la Direction des libertés publiques du ministère algérien de l’Intérieur selon lequel ce phénomène n’aurait "aucune ampleur". Du reste, dans une déclaration à la presse étrangère, le chargé de la communication du ministère des Affaires religieuses soutenait que "le phénomène était mineur et que de toute manière, la majorité des convertis étaient des faux qui ne visaient que l’obtention du visa pour l’étranger".

Qui évangélise qui ?

Bouabdellah Ghlamallah, qui s’était d’abord offusqué du "prosélytisme chrétien en Kabylie", avait évoqué le "risque d’effusion de sang". Quelques semaines plus tard, il se rétractait et déclarait que "l’évangélisation n’est pas un danger", estimant que "chacun est libre de se convertir à la religion qu’il estime bonne pour lui. Nous ne sommes pas contre la liberté de culte". Très peu pour celui qui cherche à mieux comprendre le phénomène, alors que les différends écrits sur le sujet s’adonnent à moult interprétations. Certaines vont même très loin, et pas nécessairement par quatre chemins.

Pour Charles Saint-Prot, directeur de l’Observatoire d’études géopolitiques et membre du réseau altermondialiste Voltaire, "il est notoire que la Maison-Blanche, le Congrès et la CIA suivent et gèrent avec un grand intérêt l’expansion des Églises évangéliques". "L’effort de conversion des musulmans constitue l’aspect le plus spectaculaire de l’activité des évangéliques. La stratégie états-unienne d’évangélisation ciblant les peuples musulmans s’appuie sur des acteurs organisés en réseau, mais aussi sur l’élaboration d’un message évangélique adapté au message coranique. Cette évangélisation vise en particulier certaines communautés musulmanes dont les origines ethniques pourraient être utilisées pour des projets sécessionnistes et anti-arabes : c’est le cas avec les minorités kurdes d’Irak et de Syrie, mais aussi avec les Kabyles et les Berbères au Maghreb", estimé dans un long article publié dans le site Internet de l’Observatoire. Cette stratégie ne viserait pas que l’Algérie, mais le Maghreb et même l’ensemble du monde arabe. "Au Maroc, une multitude d’organisations évangéliques, surtout états-uniennes, opère plus ou moins secrètement dans les régions déshéritées ainsi que dans les grandes villes." En janvier 2005, à l’occasion de la visite au Maroc du télé-évangéliste Josh McDowell, représentant le mouvement Crusade for Christ International (7 000 volontaires dans le monde), le Journal-hebdo écrivait "Le Maroc assailli par les néo-protestants US. " On parle aujourd’hui d’une multitude de chaînes de télévisions montées par des capitaux US et versant dans la propagande évangéliste. L’église méthodiste est directement mise à l’index, notamment par les médias français qui brandissent surtout le nom de l’église méthodiste.

Un nouveau prétexte pour le MAK ?

Plus sérieusement, la question qui se pose sous l’angle strictement national est de savoir ce que peut préfigurer un tel traitement du phénomène. S’il se confirme que les actions de "mise en ordre" privilégieront la Kabylie, il y aurait alors matière à inquiétude. La région, sortant à peine de la crise dans laquelle elle a été plongée dès 2001, a vécu un traumatisme qui a prolongé son statut de région spécifique. Les manœuvres des uns et des autres, pouvoir politique compris, dans leur tentative de récupérer la situation à leur avantage, n’ont fait que permettre l’émergence au grand jour d’une entité politique profondément autonomiste. Le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) de Ferhat M’henni, dont le semblant d’aura a été réduit à la portion insignifiante depuis le retour à une relative sérénité en Kabylie, l’amorce du dialogue aarouch-gouvernement – à cause en fait de la lassitude des populations locales vis-à-vis des discours politiques – risque de trouver dans l’épisode qui s’annonce un prétexte inespéré pour rebondir et rappeler, ici comme à l’étranger, la justesse de son combat contre une répression sélective. Il ne manquera pas de dénoncer les concessions du régime faites aux islamistes, dont la Kabylie devra encore une fois payer le prix. Sauf que cette fois, c’est d’une minorité à substances superposées, dont la plus ancienne est culturelle et la toute nouvelle éminemment religieuse. Ce dont, convenons-en, l’Algérie est loin d’avoir besoin.

Nabil Benali


http://www.lesdebats.com/rubriques/nation.htm#1
Invité
 

Au Maroc

Messagede Maghribi » Mar Nov 29, 2005 22:32

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Maghribi
 


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