Causes, effets et conséquences de l’insurrection1871

Histoire des regions berberes du monde (en dehors de la Kabylie)

Modérateur: mbibany

Causes, effets et conséquences de l’insurrection1871

Messagede mbibany » Jeu Avr 06, 2006 13:54

Causes, effets et conséquences désastreuses de l’insurrection de 1871

Une partie de l’histoire de l’Algérie guerrière


De Jugurtha à l’émir Abdelkader, et plus proche de nous les héros de la guerre de libération nationale, des hommes et des femmes se sont dressés contre les envahisseurs ou les colonisateurs avérés, c’est-à-dire victorieux et installés dans la durée…

Ainsi, en plus des deux héros cités ci-dessus, d’autres, tels Massinissa, la Kahina, Amirouche, Abane Ramdane et leurs compagnons de lutte ont été de ces hommes qui ont façonné et glorifié l’Histoire de l’Algérie.
Pour ne pas laisser mourir l’histoire de ces grands personnages, nous vous présentons l’un d’eux, dans l’Insurrection de 1871.
El Mokrani — c’est de lui qu’il s’agit — a été le personnage phare et digne de cette insurrection.

Causes, effets et conséquences désastreuses de l’insurrection de 1871
Après la reddition de l’émir Abdelkader, la France eut les mains libres pour parachever la «pacification» de l’Algérie.

En 1848, la «Constitution» proclama l’Algérie «territoire français», avec 3 départements. Dès lors, la colonisation ne connut plus de limites et la population européenne en Algérie s’étendait continuellement, sous l’œil inquiet des autochtones qui se voyaient déposséder de leurs terres les plus fertiles.

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I - Première tentative de renforcement de la pacification

La Politique du «Royaume arabe»
En 1860, après un voyage en Algérie, Napoléon III voulut faire de ce nouveau territoire un Protectorat, et ce, avec l’aide des populations algériennes et sous le slogan «L’Algérie n’est pas une colonie mais un Royaume arabe»
Malheureusement, très peu de colons et autres Français et Européens adhérèrent à cette nouvelle donne qui était bien plus une vengeance contre ceux qui avaient voté «non» au plébiscite du 2 décembre 1851 que pour l’intérêt des «indigènes». Cette tentative perdura…jusqu’à 1871.

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II Situation de l’Algérie en 1871

1- Situation politique :

L’instauration du «Royaume arabe» exacerba les consciences et les sentiments. De graves crises apparurent : l’hostilité des colons, opposés à toute réforme, fut à son comble. Des luttes éclatèrent entre les militaires des Bureaux arabes, favorables aux Algériens, et les Français républicains, partisans du régime civil. Ce fut la fin du «Royaume arabe» dans le contexte politique.

2- Situation économique :

La bonne santé de l’économie, à l’époque, permit de favoriser la grande exploitation et de continuer l’industrialisation du pays.
Dans le domaine de l’agriculture, ce fut la grande colonisation : des terres furent distribuées à la Compagnie genevoise et à la Compagnie algérienne. Ainsi, plus de 100 000 ha passèrent aux mains des colons. Les indigènes s’appauvrissent de plus en plus…

3- Situation des populations autochtones

La politique pratiquée jusque-là restait presque inefficace : l’Algérie demeurait un pays mal soumis. Fréquemment en révolte, la population est plus hostile à la France qu’en 1848 et ne veut pas être placée sous l’Autorité civile.
Les causes à cela sont multiples : expropriations, prolétarisation et insuffisance de terres encore exploitées par les Algériens, lesquels arrivaient à produire tout juste pour se nourrir. Les endettements touchaient de ce fait la majorité de la population. Le mécontentement prit alors de l’ampleur…

4- La famine de 1867-68 et ses séquelles

Durant ces années-là de nombreuses calamités s’abattirent sur la population déjà appauvrie. La sécheresse, les sauterelles, les épidémies de peste et de choléra firent des ravages parmi les Algériens plongés dans la pauvreté et impuissants devant ses impardonnables fléaux. Pour parer à tout danger de révolte, les masses affamées furent déplacées en Kabylie occidentale.
Les atteintes aux libertés, les expropriations des terriens algériens, la famine, la sécheresse et les épidémies accentuèrent les désirs de révolte… En 1871, la situation était explosive…

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III- L’Insurrection de 1871

El Mokrani déclare la guerre à la France

1- Les premières causes

a- Poursuite des expropriations partielles ou totales
b- Craintes des Algériens, encore propriétaires terriens, d’être complètement dépossédés de ce qui leur restait.
c- L’arrivée d’Alsaciens – Lorrains fit monter les inquiétudes quant à de nouvelles distributions de terres.
d- Hostilité des Algériens contre le changement du régime et le pouvoir civil.
e- Perte du prestige de la France à la suite de sa défaite contre les Allemands.
f- Le nationalisme latent des masses indigènes voulut profiter de la faiblesse militaire de la France.

2- Le déclenchement de l’insurrection

Les premières agitations et révoltes furent l’œuvre des Nementchas sous l’autorité du fils d’Abdelkader.
Le soulèvement des spahis ébranla encore plus les autorités coloniales. Les spahis refusèrent de partir faire la guerre en France.

3- El-Mokhrani entre en scène…

Les terres d’El Mokrani furent accaparées par les Français. Ensuite on accusa son pachagha d’avoir assassiné 4 ouvriers.
El Mokrani s’emporte et crie alors au soulèvement général contre un occupant qui ne connaît plus ses limites.
Il forma des troupes et assiégea Bordj Bou Arréridj d’où il envoya une déclaration de guerre à la France.

4-La grande révolte : du 15 mars 1871 au 20 janvier 1872

La révolte a concerné surtout les Kabyles, soit les régions formant le triangle «El-Eulma – Béjaïa – Sour El-Ghozlane (Alma, Bougie – Aumale)». Elle a affecté le tiers du territoire et plus de 800 000 personnes.

- Principaux faits :

Les Algériens s’enfoncèrent profondément en Kabylie et arrivèrent à menacer dangereusement Tizi Ouzou. Ils ont aussi marché sur Palestro qu’ils attaquèrent avec force. La ville fut brûlée.
Alger également était visée mais ils ne purent l’atteindre : ils furent arrêtés dans leur progression par les forces ennemies beaucoup plus importantes et mieux organisées.

Les combats s’étendirent jusqu’à Aumale où la bataille fit rage. El Mokrani mourut «dans cette ville», au cours d’une opération.
Son frère Boumerzak lui succéda. La révolte s’amplifia et gagna en force Dellis, Bougie (Béjaïa), Sétif, Miliana et même Cherchell.

Malheureusement à cause du manque d’unité et d’organisation et de la supériorité militaire des Français, les combats cessèrent peu à peu. L’échec total se dessina : les Algériens acceptèrent l’amère défaite.

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IV- Conséquence de la révolte

On imposa à ceux qui avaient fomenté, organisé et dirigé le soulèvement le paiement d’une amende totale de 36 000 000 de francs-or.
A cela, s’ajouta la confiscation de 450 000 ha de terre, choisis parmi les meilleures et les plus fertiles (vallée de la Soummam et du Sebdou).

Les familles El Mokrani et leurs proches payèrent le plus lourd tribut.
D’autres terres furent concédés aux Alsaciens-Lorrains dans les régions d’Alger et de Constantine. En tout, 1183 familles furent installées.

La «répression» ne s’arrêta pas à ce niveau : les Kabyles furent refoulés dans les régions montagneuses, et ce à cause surtout de leur implication directe et fort importante dans la révolte dirigée par El Mokrani.

Ainsi prit fin ce vaste soulèvement qui embrasa de vastes étendues dont les principales villes citées plus haut.
A cette fin, il faut ajouter aussi le «Royaume arabe» qui perdit tout espoir de renaître…

La prépondérance fut alors accordée aux colons qui essayèrent d’obtenir l’assimilation de l’Algérie à la France.
Enfin, la vie de «colonisé» reprit son cours en l’absence des principaux héros de la révolte, lesquels furent ou emprisonnés en Algérie, ou exilés en Nouvelle Calédonie ou encore tués au combat ou plus tard, comme fut tué aussi leur espoir de liberté.


06-04-2006
Mohamed Beddal
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