WAHRAN --ORAN

Histoire des regions berberes du monde (en dehors de la Kabylie)

Modérateur: mbibany

WAHRAN --ORAN

Messagede mbibany » Ven Avr 21, 2006 08:09

Oran (WAHRAN)

Par M. A. Haddadou

Oran est située à 434 km à l’ouest d’Alger. C’est la deuxième ville d’Algérie, par le nombre de ses habitants, mais aussi par son activité économique. Son port est également le second d’Algérie.
Construite au fond d’une baie ouverte au nord, à 100 m d’altitude, elle s’étageait, avant qu’il ne soit couvert, sur le ravin de l’oued Rhi.

Le site d’Oran a été occupé dès la préhistoire ainsi que l’atteste la station d’Ifri où on a retrouvé de nombreux vestiges, conservés au musée d’Oran : haches, couteaux, scies en silex, en quartzite ou en grès, témoins d’une industrie intense.
On ignore si le site d’Oran a été occupé par les Phéniciens et les Romains, comme Mers el-Kébir (le Portus Divini des Romains), Bethioua (Portus Magnus) ou Aïn Témouchent (Albulae) proches.


On n’y a pas trouvé de vestiges mais sa position géographique, proche de la mer, a dû attirer les Phéniciens, peuple de navigateurs et de commerçants qui, même s’ils ne s’y étaient pas installés, ont dû y fonder, comme ils l’ont fait à plusieurs endroits de la côte algérienne, des comptoirs.
Des villages berbères ont dû aussi exister dans l’antiquité, et il n’est pas impossible que la ville ait été édifiée sur le site de l’un de ces villages.

-------------------------------------------------------------------------(II)-----------------------------------------------------------------

La ville aurait été fondée au début du Xe siècle de l’ère chrétienne, en 903, ou, selon une autre estimation, en 937. Des marins andalous, voulant assurer un relais pour leur commerce avec Tlemcen et d’autres régions de l’intérieur, auraient édifié les premières constructions : des entrepôts et quelques habitations, ce qui suppose une présence permanente. Cet établissement a connu une expansion rapide au point de devenir une ville et d’attiser les convoitises.

En 901, la ville est occupée par les Fatimides, dynastie chiite établie au Maghreb à l’époque. Les Almoravides s’en emparent en 1083, puis c’est au tour de leurs successeurs, les Almohades, de l’occuper. Au siècle suivant, c’est au tour d’une autre dynastie berbère, les Mérinides, de la conquérir : les Mérinides, qui avaient occupé tout le Maroc et une partie de l’Andalousie, ambitionnaient de s’emparer de tout le Maghreb, mais ils se sont arrêtés à Oran.

Ces changements successifs de dynasties n’ont pas empêché Oran de prendre de l’importance : la ville commerçait non seulement avec les autres contrées du Maghreb et de l’Andalousie, mais elle avait aussi des relations commerciales avec les villes de Marseille, Gênes et surtout Venise, auxquelles elle vendait de la laine, des tapis, des burnous, des noix, du cumin et d’autres produits recherchés à l’époque.

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Gouvernée par les Banu Ziyân de Tlemcen, la ville garde sa prospérité. Ibn Khaldoun écrira, enthousiaste, qu’Oran est la ville la plus riche du Maghreb et que quiconque y entre pauvre et malheureux en ressort riche et heureux ! Mais les Espagnols, qui venaient de chasser les musulmans d’Espagne, avaient commencé leur «croisade africaine» dont Oran allait être l’une des première victimes.

Il s’agissait pour les Espagnols, poussés par des fanatiques religieux comme le sinistre cardinal Ximenès, de prendre une revanche sur l’islam, mais aussi de prendre pied au Maghreb, surtout depuis qu’un accord avec les Portugais leur interdisait, en dehors de Melilla, l’implantation au Maroc.

Une tentative de débarquement à la plage des Andalouses, en 1501, échoue. Les Espagnols se retournent alors contre Mers el-Kébir, qui est pris en 1505. Oran tombera quatre années plus tard, le 19 mai 1509. Plus de 4 000 personnes seront massacrées, sur ordre du cardinal Ximenès, qui procédera également à la transformation en églises de deux mosquées de la ville.

L’occupation durera deux siècles, mais en dépit de leurs efforts, les Espagnols ne parviendront pas à conquérir l’intérieur du pays, leur présence se limitera au préside.

---------------------------------------------------------------------------(IV)-----------------------------------------------

Le bey Mustapha ben Youcef, appelé Bouchlaghem, réussit à la prendre en 1708 et va l’occuper pendant 24 ans. Les Espagnols reviennent en 1732 après la bataille de Aïn Turck qui a vu la défaite des Turcs.

Comme auparavant, les troupes espagnoles, harcelées par les tribus de la région, resteront cantonnées dans la ville, tout en effectuant des razzias dans les alentours, rançonnant les populations, soumises à un impôt en céréales appelé romia.

Mais en dépit de ces razzias, le préside connaît des problèmes de ravitaillement et l’entretien d’une armée importante devient onéreux pour l’Espagne. Une expédition est quand même tentée, en 1775, avec un corps de 25 000 hommes qui débarquent près de l’Harrach, mais la résistance des Algériens, soutenus par les Turcs, est telle, que cette armée, qui perd le dixième de ses effectifs, doit rembarquer.

Le terrible tremblement de terre du 9 octobre 1790, qui va détruire pratiquement la ville et qui va faire plusieurs centaines de victimes, va décider les occupants à évacuer la ville.
Un accord est conclu avec le bey d’Alger en 1791 et, l’année suivante, les Espagnols se retirent. La ville est reconstruite et elle va devenir la capitale du beylik de l’ouest, au détriment de Mascara.

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Quelques mois après la prise d’Alger, les Français s’emparent de Mers el-Kébir puis, le 4 janvier 1831, ils font leur entrée à Oran, appelés par le bey Hassane qui s’est mis sous leur protection. Mais l’occupant va se heurter à la résistance des Algériens, menés par l’Emir Abdelkader, qui fera, jusqu’à sa reddition en 1847, régner l’insécurité dans la région.

La ville va rester longtemps cantonnée dans les bas quartiers, dans l’état où l’ont laissée les Turcs, puis, ne parvenant pas à absorber le flux des Européens, elle prend de l’extension. L’administration française distribue des terres aux colons venus d’Alsace, des Vosges et du sud de la France ; des milliers d’Espagnols, de Maltais, d’Italiens et de Suisses, fuyant la misère dans leurs pays, s’installent également dans la région, grossissant le nombre des Européens, auxquels vont s’ajoutent les Israélites, que le décret Crémieux naturalise Français, et dont le nombre total va finir par supplanter celui des Algériens.

Le départ massif des Européens, en 1962, va paralyser un moment la ville, mais celle-ci retrouve son rythme pour devenir la seconde ville du pays.
La longue occupation espagnole, puis le séisme de 1790 ont détruit les monuments de la période ancienne, dont seuls demeurent quelques vestiges comme les restes du donjon Rouge, qui remonte aux Mérénides.
De l’époque espagnole, il reste une trentaine de forts, pratiquement en ruines aujourd’hui. Enfin, de la période turque, il faut citer la mosquée du Pacha, djamaâ el-Bacha, construite au XVIIIe siècle.

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Selon une hypothèse Oran, en arabe Wahran, signifierait «endroit difficile» ou «coupure» à cause du site escarpé sur lequel la ville a été édifiée.
Sans doute a-t-on voulu rattacher le nom au verbe arabe wahara, qui signifie «jeter, précipiter, faire tomber». Selon une autre hypothèse, la ville porterait le nom de son fondateur, un certain Boucharam Ouaraham, sur lequel nous ne disposons pas d’informations sûres.

Une troisième hypothèse peut être donnée, cette foispar le berbère, langue longtemps en usage à Oran : Oran se lit Wahran, mot qui signifie «les lions». Le mot est attesté dans plusieurs dialectes berbères : ahar, pl. iharren (lion) en targui, war, pl. iwaren (au Djebel Nefusa, au M’zab), war, vieux mot attesté dans la toponymie (en kabyle), etc.

Le nom se retrouve dans le nom de Tiaret (tihert, «la lionne») et sur la route de Béjaïa à Sétif, on rencontre un village, Lbir Iwahraniyen, interprété par les gens «Puits des Oranais», mais en réalité «Puits des lions».
L’étymologie du nom Oran par le berbère est d’autant plus plausible que la toponymie oranaise, en dépit d’une large arabisation des populations, a conservé de nombreuses dénominations dans cette langue : Ifri, Murdjadjo, Aïn Témouchent, Arzew… Oran devrait sa dénomination à l’abondance des lions dans la région, encore signalés au début du XXe siècle.

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Les Andalouses est un village touristique et une station balnéaire, situé à 30 km à l’ouest d’Oran, entre le cap Falcon et le cap Lindlès. La plage est abritée, à l’ouest, par le djebel Lindlès. Le village touristique a été construit à proximité d’une ville antique que les Romains appelaient Castra Puerorum, citée dans L’Itinéraire d’Antonin. Mais la ville est antérieure de plusieurs siècles aux Romains. Les tumulus, de tradition berbère, montrent que le site a été habité dès la préhistoire. La région a été ensuite en rapport avec les Phéniciens qui y faisaient du commerce. La ville était également en relation avec la péninsule ibérique.
Les fouilles entreprises entre 1951 et 1957 ont révélé des poteries ibériques remontant au VIe siècle avant J.-C. Ces poteries sont conservées aujourd’hui au Musée archéologique de Madrid.

La ville de Castra Puerorum était modeste : elle a commencé à prendre de l’importance au IIIe siècle avant J.-C., mais un siècle après, elle est entrée en décadence. La guerre, en Afrique, entre Pompéiens et Césariens, finit de la ruiner au Ier siècle avant J.-C. Le nom les Andalouses, Al-Andalus, a été donné au site au XVe siècle, car c’est là qu’ont débarqué les musulmans chassés d’Espagne par la Reconquête.

source: INFOSOIR (quotidien algerien)
mbibany
 
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