La Ceinture de l'Auressienne

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Modérateur: mbibany

La Ceinture de l'Auressienne

Messagede mbibany » Lun Juil 18, 2005 12:13

La ceinture de l’Auréssienne

* ** Les travaux de la laine dans les Aurès ne se limitent pas uniquement au tissage ; ils comprennent aussi le montage et la confection des tresses de laine et de poil de chèvre, utilisées à plusieurs usages domestiques : liens pour le métier à tisser, attaches pour la guerba qui sert à transporter et à conserver l’eau... En laine pure, ces tresses servent à faire les belles et originales ceintures que portent les Auréssiennes de tous âges et de toutes conditions sociales.

** La ceinture, el-h’zem, fait partie du costume féminin et en est la parure principale ; c’est un spectacle chatoyant, haut en couleur, de voir un groupe d’Auréssiennes ceintes de ces ceintures multicolores, négligemment nouées autour de la taille, faisant comme un grand bouquet de fleurs au cœur de la forêt.

* La femme tresse et assemble elle-même sa propre ceinture avec soin, habileté et dextérité, et aussi avec un goût et une coquetterie remarquables. Cet ornement complémentaire et traditionnel qu’on trouve dans tout le massif personnalise la femme, la distingue et ajoute un plus à son élégance. Il est vrai que son montage exige des jours d’un travail délicat et harassant. El-h’zem le plus usité se compose de douze tresses de laine de 4,20 mètres de longueur. Chaque tresse est une petite natte carrée de 3 mm de côté ; elle est montée en huit torsades faites chacune de trois fils d’un peu moins d’un millimètre. Les torsades diffèrent quelquefois par leur couleur. Les douze tresses terminées sont réunies par des enroulements de laine très serrés, constituant des liens de forme cylindrique de cinq centimètres de longueur. La ceinture se trouve ainsi partagée, exception faite des extrémités, en neuf parties : huit de 26 à 28 centimètres, la neuvième, celle du milieu, de 40 centimètres. Les extrémités, sur une longueur de 55 à 60 centimètres, sont ouvragées d’une façon spéciale : les douze tresses sont séparées en deux groupes de six enserrés dans deux liens jumeaux, puis trois groupes de quatre, retenus de la même façon par trois liens, disposés jusqu’au bout. Les tresses s’entrecroisent pour passer d’un ensemble à la série suivante.
La laine qui sert à faire les tresses est filée à domicile par l’Auréssienne ; par contre, celle qui est utilisée pour les enroulements est le plus souvent achetée filée et teinte. C’est pourquoi elle présente des tonalités et des nuances que l’on ne trouve point dans les autres objets tissés, si ce n’est parfois dans les coussins et leurs bordures, qui sont du reste de véritables trésors de couleurs chatoyantes qu’on ne trouve que dans les Aurès. Ces enroulements originaux sont de diverses couleurs ; sur chacun d’eux sont brodés des losanges de ton contrastant, cernés de fil d’un blanc d’albâtre.
Les diverses laines utilisées sont réunies pour former six pompons qui finissent les extrémités. Ce qui fait l’originalité, le charme et singularise particulièrement cette ceinture, ce sont le mélange, la diversité, les contrastes, les heurts de nuances utilisées et amalgamées par l’Auréssienne. Elle n’agit point d’une façon désordonnée, bien au contraire, tout est minutieusement étudié au préalable ; l’orangé et le rouge, très employé pour les tresses, n’apparaissent pas sur les liens, et le blanc, le bleu et le rose y figurent ; les deux premières de ces couleurs se remarquent sur les tresses, et les trois dernières en sont complètement absentes. Le noir et le jaune sont en proportions égales. Le bariolage du détail complète celui de l’ensemble, faisant de la ceinture auréssienne un véritable bouquet de fleurs tropicales. L’aspect général de la parure est chaud, le jaune y apporte son éclat. L’enroulement répété autour de la taille, sur un ensemble noir, en accentue sensiblement et agréablement l’effet. Ce genre de ceinture se fait dans tout le massif, mais chaque Auréssienne, suivant son goût et sa dextérité, lui donne son cachet, une empreinte personnelle et particulière.

Il y a des ceintures fines, ne comptant que quatre ou cinq tresses ; il y a également de très artistiquement compliquées, comme celle qui vient d’être décrite et qui donne à une jeune danseuse une prestance remarquable et un charme éblouissant. Quelquefois, les enroulements de laine qui rapprochent les tresses sont remplacés par des motifs carrés, plats, de différentes couleurs, terminés à chaque angle par un pompon ; dans ce cas, les tresses réunies sous le motif sont mise à plat, sans être serrées les unes contre les autres. Parfois aussi, mais rarement, des fils d’or et d’argent sont mêlés aux pompons et aux liens.
La même technique est utilisée pour le finissage des coussins, dont l’originalité est particulièrement remarquable quand l’Auréssienne borde trois côtés cousus d’une ou plusieurs fines tresses plates, de teintes différentes et auxquelles elle ajoute parfois des pompons bariolés, donnant à l’ouvrage un label introuvable ailleurs.
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