Mort d'un autre lion

Je suis rifain et je le reste.

Modérateur: mbibany

Mort d'un autre lion

Messagede Chakib Al Khayari » Lun Sep 18, 2006 07:04

Le Journal Hebdomadaire

Du 1 au 7 juiellet 2006



Omar Brouksy



Mort d'un autre lion



Derrière le regard perçant de ses yeux bleus, Omar Khattabi, cousin d'Abdelkrim, aura le mieux respecté et incarné l'icône du Rif.



Le 8 août 2006, Omar Khattabi est enterré à Ajdir. Il avait 80 ans. Cousin de Mohammed Benabdelkrim Khattabi (fondateur de la République du Rif en 1921 et symbole de la résistance contre l'impérialisme franco-espagnol), Omar est le fils de Abdeslam Khattabi et ministre des Finances de de Abdelkrim Khattabi. Les proches du résistant rifain assurent que Omar Khattabi, né en 1926 à bord du bateau qui transportait toute la famille vers l'exil à la Réunion était, de loin, son préféré. Ses études secondaires, il les a faites sur la même île aux côtés du futur avocat, Me Vergès, et de celui qui deviendra Premier ministre et un des économistes français les plus en vue : Raymond Barre. Il obtient ensuite le baccalauréat en Egypte et part en Suisse : à Lausanne d'abord, puis à l'université de médecine de Genève. A trente ans, il est chirurgien. Il décide alors d'exercer au … Maroc, à l'invitation du roi Mohammed V. Celui-ci en profite pour lui demander d'intervenir auprès de Abdelkrim afin qu'il rentre au Maroc. En vain. L'icône du Rif était en effet conscient des enjeux politiques réels de ce Maroc devenu, à partir de 1956, "indépendant dans l'interdépendance". Meurtri par le massacre des Rifains par le prince héritier Moulay Hassan et le général Mohamed Oufkir, avec le silence complice de Mohammed V et du parti de l'Istiqlal, Abdelkrim ne pouvait revenir… « Cela aurait été perçu comme une caution », répétait, de son vivant, Omar Khattabi. Au début des années soixante, ce dernier est donc chirurgien à l'hôpital public d'Avicennes (Rabat), puis à Kénitra où il s'installe définitivement en ouvrant une clinique. Ceux qui l'ont connu sont formels : cette clinique était davantage un refuge pour personnes défavorisées dont la majorité était soignée gratuitement, qu'un établissement hospitalier privé au sens strictement mercantile. Le Dr Omar Khattabi n'était pas un simple chirurgien, issu de la famille rifaine la plus connue et la plus respectée. Il était surtout un homme d'action, un homme politique, un homme d'Etat. Et contrairement à ce qui s'écrit bien souvent, l'action politique de Omar Khattabi n'a pas commencé à la veille -et au lendemain- du coup d'Etat manqué de 1972. Il s'est engagé dès le début des années 50 dans la lutte du peuple palestinien, ce qui lui avait permis de tisser des liens étroits avec les principaux leaders arabes dont Yasser Arafat. Sa mission consistait à recruter et "encadrer" les jeunes du Maghreb pour la cause palestinienne. Mais rapidement, il conclut que la véritable lutte devait être conçue, et déployée, à "l'intérieur". Au … Maroc.



le coup d'etat de 1972



En 1969, le lieutenant-colonel Amokrane fait la connaissance du Dr Omar Khattabi dans sa clinique à Kénitra. Ils deviennent, au bout de quelques rencontres, des confidents. Leurs sujets de discussion portaient sur la situation politique, la corruption qui touchait toutes les structures du Pouvoir et la question du … changement. Il est mis au parfum : un coup d'Etat contre le roi Hassan II est en train de se préparer. Tout le monde est "dedans" : de l'armée "royale" à l'entourage propre du chef de l'Etat, en passant par … la gauche. Omar Khattabi devait occuper le poste de premier … "président de la république" au cas où le coup d'Etat du 16 août 1972, conduit par le général Oufkir, réussirait. Mais après l'échec de ce coup de force, Omar Khattabi est enlevé et torturé à Dar El Mokri (Rabat) et Derb Moulay Cherif (Casablanca). ). Cet épisode de sa vie révèle la puissance du nom Khattabi. Un nom que même la monarchie de Hassan II a craint jusqu'au bout. Lorsque Kouira et Amokrane sont arrêtés, ils sont détenus dans la prison de Kénitra. Au début, les interrogatoires restent étonnamment " calmes ". On les voit jouer au basket dans la cour de la prison. Des rumeurs persistantes parlent même d'une grâce royale. Des proches du monarque leur avaient conseillé de faire un geste d'apaisement après deux tentatives de coups d'Etat en à peine une année. Et puis tout s'emballe, les deux militaires putchistes sont conduits à Dar Mokri pour y être interrogés et vraisemblablement sauvagement torturés. Ils seront exécutés le lendemain à l'aube. C'est alors que les avocats d'Amokrane et Kouira envoient un message sans ambiguïté à Omar Khattabi : Les deux suppliciés, ou au moins l'un d'eux, ont fini par "parler", il est temps de prendre le large. Omar Khattabi prendra alors une décision suicidaire mais conforme à l'idée qu'il se fait de la dignité d'un homme. Il décide de rester chez lui, de vaquer à ses occupations, en fait d'affronter son destin. Quelques jours plus tard il est arrêté. Les séances, auxquelles Hassan II assistait parfois, étaient insoutenables et avaient marqué à vie le Dr Omar Khattabi. Certains parlent de lui comme du rescapé des années de plomb le plus sauvagement torturé de l'ère Hassan II. Face à ses bourreaux il affirmera avoir été l'un des instigateurs de la tentative du coup d'Etat mais il ne livrera aucun nom. Il ne passera en jugement qu'en 1973 avec les maquisards de l'Altas. Devant le juge, il affirmera avoir fait de faux aveux sous la torture. Et là, coup de théâtre, le juge accepte sa version et le libère. Déjà personne n'est dupe. Hassan II ne pouvait exécuter un membre éminent et hautement respecté de la famille Khettabi. Il faut dire que Omar Khattabi avait reçu un soutien de poids. Yasser Arafat lui-même interviendra auprès du roi pour épargner la vie du cousin de Mohamed Benabdelkrim Khattabi. Dès lors, Omar Khattabi propose à Me Abderrahmane Benameur de constituer une association de défense des droits de l'homme. Mais cette "proposition" ne se concrétisera qu'en 1979, grâce à l'avocat mythique. L'AMDH était ainsi née. A partir des années 80, Omar Khattabi se consacre presque entièrement à la médecine, jusqu'en 1997, lorsque la maladie le contraint à fermer sa clinique. Mais auparavant, en 1993, il propose au fils d'Abdelkrim, Saïd Khattabi, de constituer une association au nom de son père. Objectif : perpétuer sa mémoire. Sans succès. Il décide alors, avec un groupe d'amis -des personnalités connues pour leur intégrité intellectuelle et morale (le professeur Mahdi Elmandjra, Maître Abderrahmane Benameur, etc.)- de réaliser ce projet à… Ajdir. Mais les autorités marocaines l'interdisent et continuent d'empêcher toutes ses activités. Au même moment, Mansouri Ben Ali, chargé de mission au Cabinet royal, convoque Saïd Khattabi et ils fondent une "association Abdelkrim Khettabi" avec le soutien des autorités. Ignorée par toutes les forces vives du Rif, cette association n'a entrepris aucune activité marquante depuis sa naissance en 1997. Son siège est aujourd'hui déserté par tout le monde. Au lendemain de la mise en place de l'Instance Equité et Réconciliation, les amis de Driss Benzekri, notamment Driss El-Yazami, prennent contact avec Saïd Khattabi pour organiser le retour de la dépouille de Abdelkrim. Omar Khattabi y oppose alors un refus catégorique : « Abdelkrim était un chef d'Etat et je n'accepterai jamais qu'il se transforme en marabout dans son propre pays. Tant que l'Etat, au plus haut niveau, ne s'est pas réconcilié avec le Rif, le retour de la dépouille d'Abdelkrim ne doit pas avoir lieu », répétait Omar Khattabi à ses proches. Ses rapports avec les enfants de Abdelkrim ? Ils étaient difficiles. Un proche de la famille raconte avoir souvent entendu Saïd Khattabi dire à Omar : « On veut vivre, nous ». De tous les membres de la grande famille Khattabi, Omar aura le mieux incarné l'esprit de Abdelkrim, de le mieux respecté, représenté et préservé la mémoire du grand résistant du Rif.



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Chakib Al Khayari
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Chakib Al Khayari
 

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