Observations du CMA envers le colloque international

en arabe, latin ou tifinagh?

Modérateur: amdyaz

Observations du CMA envers le colloque international

Messagede BOUKABRINE » Sam Oct 21, 2006 06:33

Observations du CMA envers le colloque international sur "l’état des lieux et problématique d’aménagement de Tamazight"
jeudi 19 octobre 2006



Monsieur le Directeur,

Lorsque nous avons lu sur les sites internet il y a plusieurs semaines votre appel à communication pour le colloque international sur "l’état des lieux et problématique d’aménagement de Tamazight" que vous prévoyez d’organiser en décembre prochain, nous n’avions pas vraiment pris cela au sérieux car la norme est de ne pas prendre en considération les articles ou courriers dont l’auteur n’est pas clairement et complètement identifié.

Et en l’occurrence, vous en conviendrez aisément j’espère, les banales adresses virtuelles de type Yahoo ou Hotmail, à la portée de n’importe quel plaisantin, ne jouent pas en faveur de la crédibilité de votre communiqué.

A ce jour le doute n’est d’ailleurs pas complètement levé. Le CNPLET que vous dirigez ne dispose-t-il toujours pas, près de deux ans après sa création, d’un bureau équipé d’un ordinateur relié à internet, d’un téléphone et d’une adresse résidentielle ? Nous espérons sincèrement que vous n’êtes pas obligé de consulter votre courrier électronique dans une cyber boutique ?

Comme l’ont commenté certains observateurs, cette situation pour le moins aberrante montre une fois de plus comment les décideurs algériens empreints d’idéologie arabonationaliste, méprisent tout ce qui a trait de près ou de loin à l’amazighité.

Lorsqu’ils sont contraints par la pression populaire de faire une quelconque concession en faveur de Tamazight, ils s’appliquent dans le sabotage méthodique de tout projet concret en faveur de celle-ci. C’est ce qui a conduit par exemple l’enseignement de Tamazight à rester, plus de 10 ans après son lancement, toujours au stade "expérimental" et de "l’introduction" dans le système éducatif algérien ! Et ce ne sont ni les élèves poussés au découragement, ni les enseignants qui passent plus de temps dans les sit-in de protestation que dans les salles de classe qui nous contrediront.

Mais votre responsabilité, M. le Professeur n’est pas totalement dégagée car en tant que scientifique, rigoureux et objectif, il vous incombait de poser clairement les conditions nécessaires à la réussite de votre entreprise, d’autant plus que celle-ci engage l’avenir de tout un peuple.

C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous nous sommes contraints à vous écrire, d’autant plus que votre communiqué a été publié encore récemment par plusieurs organes de la presse écrite.

En effet, le CMA, en tant qu’ONG internationale amazighe, est naturellement intéressé par un tel thème d’une haute importance, et pas seulement pour les Amazighs d’Algérie. Notre expertise de terrain et notre vaste réseau de membres dans tous les pays de Tamazgha et dans la diaspora, peuvent être mobilisés utilement au service de la réussite de toute initiative en faveur de Tamazight.

Mais il est clair et vous le comprendrez facilement M. Dourari, que notre contribution ne peut être ni possible, ni fructueuse, que si l’organisation et le contenu de ce colloque bénéficient de manière réelle et effective de l’indépendance vis-à-vis de la tutelle politique et de l’objectivité qui conditionnent tout travail scientifique.

Et à ce sujet, la lecture de votre communiqué tel que publié par la presse, nous laisse pour le moins dubitatifs. Nous vous faisons état de quelques unes de nos remarques dont la prise en compte nous paraît essentielle :

* Vous écrivez : "Tamazight qui est, à côté de l’arabe algérien, la plus ancienne langue maternelle des Algériens, a été constitutionnalisée au statut de deuxième langue nationale en Avril 2002". Cette formulation est loin d’être rigoureuse car elle laisse entendre que les deux langues ont la même "ancienneté" en Algérie. Or à notre connaissance, l’arabe algérien n’est pas, comme l’est Tamazight, la plus ancienne langue maternelle des Algériens. L’arabe algérien s’est construit au fil des siècles bien après l’arrivée des arabes venus du Moyen-Orient au 7ème siècle. En conséquence, seule Tamazight – plurimillénaire - est "la langue la plus ancienne des Algériens". Par ailleurs, Tamazight n’a pas été constitutionnalisée avec le statut de "deuxième langue nationale" comme vous l’écrivez, ce qui supposerait l’existence d’une hiérarchie, avec l’Arabe qui serait première langue nationale et Tamazight la seconde. La Constitution stipule simplement et précisément que "tamazight est également langue nationale".

* Vous prévoyez d’examiner la question de l’enseignement et des didactiques "des langues maternelles non officielles". Avec le qualificatif "maternelles" doit-on comprendre que le choix est déjà fait d’enseigner Tamazight uniquement aux amazighophones ? Et qui en aurait décidé ainsi ? Quant à la didactique pour l’enseignement de Tamazight, comme langue nationale en attendant son statut de langue officielle, il est exigé de faire appel aux spécialistes reconnus, aux méthodes et aux instruments les plus pertinents, sans omettre la mobilisation de moyens financiers en quantité suffisante. C’est à ces conditions que l’on jugera la volonté politique de restaurer la légitime place de la langue amazighe en Algérie.

* Vous prévoyez également le thème du "passage à l’écrit", faisant comme si Tamazight était toujours au stade de l’oralité. Pourtant, et malgré l’absence de tout soutien public à l’édition amazighe, des romans, des pièces de théâtre, des essais, des livres scientifiques, d’histoire ou de poésie ont été écrits et publiés. Et la question centrale de la graphie a été tranchée depuis longtemps, en faveur, nous semble-t-il, des caractères universels (dits latins) et ce choix du mouvement amazigh a même été entériné par le HCA. Par ailleurs, quasiment toute la production éditoriale en Tamazight en Algérie, est rédigée en caractères universels. Les caractères tifinaghs loin d’être abandonnés, doivent bénéficier d’une réhabilitation et d’un travail de standardisation au niveau international. Dans tous les cas, la transcription de la langue amazighe en caractères arabes n’a jamais été envisagée dans le passé et ne saurait l’être dans le futur. Et aucune décision obéissant à des impératifs idéologiques ne saurait être acceptée par le peuple amazigh.

Voilà en bref quelques unes de nos observations suscitées par votre communiqué et qu’il était nécessaire de porter à votre connaissance. C’est à leur prise en considération que nous jugerons la cohérence, l’objectivité et la sincérité de votre entreprise. Dans le cas favorable, nous sommes persuadés d’une plus large adhésion à votre projet, en vue d’impulser en Algérie une véritable dynamique autonome au bénéfice de l’épanouissement de notre langue et de notre culture. Restant à votre disposition, nous vous prions d’agréer, Monsieur le directeur, l’expression de notre considération distinguée.

Paris, le 14 octobre 2006

Belkacem Lounes, Président

Congrès Mondial Amazigh
BP 124 – 108 rue Damremont
75018 Paris, France
email : congres.mondial.amazigh@wanadoo.fr

Tiré du site http://www.kabyle.com proposé au débat par BOUKABRINE
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