Cette langue non officielle, non nationale et non étrangèr

Azul, Tanemirt, Ar tufat, etc ...

Modérateur: amdyaz

Cette langue non officielle, non nationale et non étrangèr

Messagede mbibany » Lun Fév 06, 2006 11:32

Le parler algérien
Cette langue non officielle, non nationale et non étrangère


L’Algérien, cette langue normée hors institution par le seul génie de la dynamique de la rue, ne cesse de se réformer pour s’adapter et coller ainsi à un monde qui va vite, très vite. Puisant dans son univers réel, agencé de façon créative et imagée, l’algérien s’enrichit chaque jour un peu plus d’un ensemble de mots et d’expressions constituant un lexique encore plus précis et plus économique que l’arabe et le tamazight toujours en chantier.

Imaginons une scénette entre deux jeunes très imprégnés d’algérianisme.

L’un d’eux parle : "Ched–med ya chriki et Bla smir : Houkouma rahi tqêrâdj. Lik, cheft anissati ? zoudj stiluwet bleus rahoum iâemrou fel qraâ. N’talagaw mour el Aicha. Djib mâak lkemmoun. Akhir kalima chriki ! "

Littéralement, les propos du jeune locuteur donnent : "donnant-donnant mon ami et sans attirer l’attention : les flics nous surveillent. Tu vois la Marutti ? Deux stylos bleus(deux policiers) nous épient. On se voit, après la dernière prière. N’oublie pas le cumin (l’argent). C’est mon dernier mot mon ami !". N’est-ce pas que c’est une langue non officielle, non étrangère et non nationale ?

Algérianisme

Ahawtul

Télescopage entre ‘’lhut’’ (poisson) et ‘’Awtul’’ (lapin). L’animal hybride né de la rencontre lapin – poisson est utilisé pour signifier le degré extraordinaire d’un bobard.

Akhir kalima (dernier mot)
Emprunté à la fameuse émission ‘’Qui veut gagner des millions ? ’’ de TF1, la formule est vite récupérée par les commerçants, notamment dans les marchés hebdomadaires. Ainsi, à la fin des négociations, l’acheteur interroge : Akhir kalima ? Le commerçant affirme : akhir kalima ! Ce qui clos définitivement les tractations.

Anissati /N’âem sidi

“L’houta” (406), “Kaskita” (Mégane), “Kawkawa” (Mercedes), “Debza” (Clio), “Teztoza” (Ferrari)…et beaucoup d’autres métaphores mécaniques, que la rue a inventées et que le monde de la publicité n’a toujours pas exploité, supplantent de plus en plus la marque de fabrique. Les appellations de voitures, qui incontestablement sont revues et corrigées par la rue, sont la Marutti et l’Atos. ‘’Anissati (l’institutrice)’’ désigne la première, ‘’N’âem sidi (oui, monsieur)’’, la seconde. Ces trouvailles s’expliquent par le fait que les deux véhicules sont prisés par les enseignants(es).

Apouchidh
Après “Aqbuc” (la chope) et “Tabuteflikatt” (la petite beaufort), le génie conceptuel des amateurs de raisins plutôt écrasés et fermentés nous inventent “Apouchidh” pour désigner le vin en carton disparu vers la fin des années soixante-dix et remis sur le marché dernièrement. Le mot peut être lâché en famille, devant sa femme ou ses parents, sans crainte de se faire prendre la main dans le…apouchid.

Ay ahbib(l’ami) !
A coté ‘’Cousin !’’, ‘’L’ancien !’’, ‘’Moustache ! et autre ’’A winnat’’ qu’on utilise pour interpeller une personne qu’on ne connaît pas, ‘’Ay ahbib !’’ vient gentiment et sans offusquer, interpeller les personnes dans la rue.

Awtul (le lapin)
Le mammifère rongeur et domestique est symboliquement utilisé dans le discours pour signifier le mensonge, une imposture, un bobard…


Bla smir (sans attirer l’attention)
Enoncé à la dérobée, le mot invite à la discrétion. Son énoncé suppose le plus souvent la préparation en secret une action pas très claire.

Bipiyid (bipe-moi)
Le verbe biper né d’une onomatopée est tout de suite algérianisé pour donner ‘’Bipili et Bipiyid’’

Ched-med (tiens-donne)
Le concept est né de la rencontre du verbe ‘’tenir’’ et ‘’donner’’. La sonorité de l’algérianisme est expéditive. son équivalent dans le français est ‘’donnant-donnant’’. Le “Ched-med” suppose une transaction louche, hors-la-loi.

Chini (faire la chaîne)
Ad truhed ad tecinid (tu vas faire la chaîne) ? Peut-on entendre aux alentours d’une superette ou d’une administration. Du substantif ‘’chaîne’’, la réalité socioéconomique de la rue a créée un verbe

Chriki (mon associé)
Le concept supplante le ‘’Akhina (frère)’’ à résonance intégriste et le ‘’Djari (mon voisin)’’, le snobinard algérois. Il a le sens d’une relation complexe et complice. Au féminin (chrikti), il subit un glissement de sens pour signifier une relation plus ou moins ‘’amoureuse’’…

D asemmid !
En dehors du contexte climatique et énoncé sèchement, il a le sens de ‘’rien à gratter’’. Le concept est né dans les conclaves des ârchs. C’était dans la bouche d’un délégué de Takerboust qu’il a été entendu pour la première fois. ‘’D asemmid !’’, disait-il, pour réitérer sa position scellée et non négociable. Depuis et mine de rien, le mot a fait du chemin.

Doumtoum !
" Doumtoum fi riâayati el-Allah wa hifdhih " cette formule de politesse très prisée par les animateurs et journalistes de l’ENTV est vite récupérée par la rue qui se fera un plaisir à lui tordre le cou en ne gardant que le ‘’Doumtoum !’’ en usage.

Mour El aîcha ! (Après la dernière prière)
Rendez-vous très prisé par les pratiquants, les très pratiquants. Mour El aicha s’étale des environs de 19 heures jusqu’au lendemain matin. Autant dire, ruh ay aârab ar tafsut, ad tecced jaja…

Hebes begheltek(arrête ta mule)!
On le dit pour signifier à son interlocuteur qu’il ne raconte pas la vérité. Son équivalent en français est ‘’arrête ton char !’’

Houkouma.
Littéralement, le mot veut dire gouvernement. Dans la bouche populaire, il désigne essentiellement le flic. Pas l’agent de la circulation routière bien sûr. En fait, le mot est surtout chargé de cette idée de répression.

Tabachir (bâtonnet de craie)
Dans le milieu de la toxicomanie, tabachir désigne le kif, cette zetla mélangée avec du tabac à fumer. Il désigne surtout un kif de ‘’bonne qualité’’ et bien roulé dans du papier à tabac.

‘’Tabanagt’’
Kabylisme qui n’a pas vraiment d’équivalent dans d’autres langues. En plus du fait qu’il désigne beauté, le concept renvoie à l’idée de sensualité. Il réunit l’idée de beauté et de ‘’boumba’’ (canon). Le mot a tendance à se masculiniser pour donner abanag.

Khezget ! (onomatopée)
L’onomatopée est essentiellement usitée en Haute kabylie, notamment dans la région des Ath Ouaguennoun. ‘’Khezget’’ exprime la dépréciation de quelque chose ou même de quelqu’un. Il a plus ou moins le sens du ‘’Toz !’’ universel.

M’âemcha (la borgne)
Ce n’est qu’après l’avènement de la parabole que les Algériens se sont rendu compte à quel point leur ENTV est ridicule. D’où ‘’la Zéro’’ par opposition à la Une, la Deux, la Trois… ces derniers temps le concept ‘’La Zéro’’ est supplanté par la ‘’borgne’’.

Taâesbant (un mets)
Taâesbant est un plat très apprécié dans la vallée de la Soummam. il s’agit d’un boyau que les ménagères remplissent de semoule, de viande et d’épices, avant de le mettre au four. Avoir “Taaêsbant” dans la bouche des Bougiotes signifie être musclé, avoir des biceps.

T’qerâidj (action de remplir les bouteilles)
Untel iqerâedj (il remplit la bouteille) veut dire qu’il a les oreilles bien tendues à la moindre indiscrétion qu’il se fera un plaisir à colporter. Le concept a dépassé le contexte des hammams et autre salons de coiffure pour être repris par le monde de la presse. Ainsi, il est courant d’entendre un journaliste ‘’Ruh nqerâedj’’ pour signifier qu’il va à la collecte d’informations.

T’qibes (surveiller, guetter)
Action de s’accroupir. Untel yetqibes signifie qu’il passe ses journées à surveiller, à épier son voisinage. Contrairement à “Yetqerâedj”, le mot à le sens de voyeurisme

Lwahid (ensemble)
Nos amis de Béjaia empruntent à l’arabe le mot lwahid (qui a le sens de un) pour lui insuffler une signification contraire. Ainsi ‘’ad nruh lwahid (littéralement : on y va tout seul)’’ veut dire : on y va ensemble.

T’zaguet !
Le mot est utilisé essentiellement dans les zones rurales et par une certaine génération. Il s’agit de la contraction de l’expression figée ‘’ça se gâte !’’, dont les utilisateurs ont gardé la signification. Remarquez que la sonorité de ‘’T’zaguet’’ n’est pas loin de ‘’ça se gâte !’’

Ruh tekhsi lwez (va couver les oies) !
L’expression ironique invite son destinataire, selon le contexte, à quitter les lieux ou aussi à lui signifier son incapacité. Pour la première signification, son équivalent en français est : "va voir là-bas si j’y suis !"

Ruh ad teksed tizitt (va faire paître les moustique )!
L‘expression est de l’invention de Mohia, artiste polyvalent et insaisissable décédé le 07/12/2004 à Paris. Elle a le sens de ‘’ruh tekhsi lwez !’’

Yelachi(il a lâché)
Il vient du français ‘’lâcher’’ sans en garder le sens premier. On dit qu’untel ‘’yelachi’’ pour signifier qu’il devient fou.

Wikendi (passer un week-end)
“Weekendigh di Tmurt” signifie ‘’j’ai passé mon week-end au bled’’. La rue a réussi à inventer le verbe ‘’wikendi’’ à partir du substantif anglais week-end.

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