Traduction du Coran en berbere qui fait peur au pouvoir

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Modérateur: amdyaz

Traduction du Coran en berbere qui fait peur au pouvoir

Messagede tafath » Mar Juil 26, 2005 23:23

Le Coran en berbère fait peur au pouvoir
(Courrier international n°435, du 4 au 10 mars 1999)
[Original article in English]

Alors qu'un enseignant vient d'achever une version berbère du Coran, les berbérophones créent des journaux et publient des livres pour défendre leur culture. Ces revendications identitaires inquiètent les autorités marocaines.
THE ECONOMIST
Londres

DE RABAT


A priori, un professeur d'histoire d'un lycée de Casablanca ne devrait pas constituer une menace pour l'orthodoxie musulmane d'Afrique du Nord. Pourtant, Johadi Lhoucine met la dernière main à un projet qui pourrait bel et bien faire trembler sur leurs bases les autorités marocaines. Depuis dix ans, à ses heures perdues, il traduit en tamazight [berbère] les 114 sourates du Coran. Il s'efforce, dit-il, de mettre le Coran à la portée de la plupart des Marocains dont le tamazight est la langue maternelle. Rien que de très raisonnable, à première vue.

Mais, en donnant aux Berbères l'accès à la parole révélée de Dieu, cette traduction risque de saper l'autorité de l'establishment religieux et de son chef spirituel, le roi Hassan II, commandeur des croyants. Des intellectuels berbères vont jusqu'à prédire que le Coran berbère va ébranler l'islam, comme la traduction de la Bible en langue vernaculaire a bouleversé l’Église au Moyen Âge.
UNE OPPOSITION ISLAMISTE DE PLUS EN PLUS VIRULENTE


Le Coran a été traduit en plus de 40 langues. La Turquie, le Pakistan, l'Indonésie et l'Iran ont tous leurs versions nationales, accompagnées de leurs interprétations. Les Berbères du Maroc, non. Au Xe siècle, le royaume des Barghwata traduisit son Coran en berbère. Mais les Barghwata furent vaincus par les "puritains" sunnites. Ces derniers, les accusant d'apostasie, firent brûler toutes les copies du Coran berbère. Il n'en reste que des fragments, conservés dans des musées occidentaux.

L’absence de Coran berbère aide à comprendre pourquoi le Maroc fait partie du monde arabe, contrairement à l'Iran ou à la Turquie, par exemple. Depuis que les Arabes ont islamisé l'Afrique, il y a mille quatre cents ans, une élite arabophone, investie du pouvoir d'interpréter la parole d'Allah, domine la population berbère. Et les autorités entendent bien voir cette situation perdurer. Des sources proches du ministère des Affaires islamiques affirment que la publication de ce Coran berbère sera probablement interdite.

En 1971, après une tentative de putsch dans laquelle les Berbères étaient particulièrement impliqués, le Maroc a intensifié sa politique d'arabisation. Le tamazight a été interdit au palais, et des professeurs égyptiens et syriens ont été transférés dans les hauts plateaux de l'Atlas avec pour mission d'enseigner l'arabe aux jeunes Berbères. Le Maroc présente l'un des plus faibles taux d'alphabétisation de toute l'Afrique, en grande partie parce que l'enseignement est dispensé dans une langue que bon nombre d'enfants ne comprennent pas. Dans le même temps, cette politique a engendré une nouvelle classe de Berbères arabisés. Il s'agit d'une population jeune et urbanisée, souvent présente aux échelons inférieurs de l’administration.

Les militants de la cause berbère commencent à affirmer qu'il est temps de défier le colonialisme arabe. Ils veulent que le tamazight soit enseigné dans les écoles, qu'il occupe plus qu'un temps d'antenne symbolique à la télévision et qu'il soit admis au rang de langue officielle de l’État. Ils se réclament d'une identité ancrée en Occident — Maghreb, mot arabe pour Maroc, signifie "lieu occidental" (Maghrib al-'aqsa: pays du soleil couchant) — et refusent toute appartenance à la sphère culturelle de l'Arabie.

Un groupe d'intellectuels berbères entend redonner sa juste place au passé barghwata dans les livres d'histoire marocains. Cette année, on a vu paraître quantité d'ouvrages non seulement sur les Barghwata, mais aussi sur la culture berbère préislamique, que les militants font remonter à des milliers d'années et qu'ils situent dans des contrées aussi éloignées que les Canaries ou la vallée du Nil. Le mois dernier, un nouveau journal berbère promettait de défendre la culture autochtone. Un professeur de philosophie de l'université de Rabat, Ahmed Assid, a donné une série de conférences pour promouvoir son livre sur le combat des Berbères.

L'opposition islamiste du Maroc, de plus en plus virulente, présente ces intellectuels comme de nouveaux Barghwata et les qualifie eux aussi d'apostats. Les islamistes accusent les militants berbères de reprendre à leur compte l'idéologie des anciens colonisateurs. Ils rappellent l'époque où les autorités françaises avaient ouvert des écoles françaises en pays berbère, soutenant des missions chrétiennes destinées à européaniser les autochtones et à créer ainsi un rempart contre l'islam. Les islamistes, outre leur supériorité numérique, jouissent d'une bien plus grande influence politique que les militants berbères, essentiellement présents dans les montagnes. Mais la résistance s'organise. "Dans les années 70, tout ce que nous voulions, c'était la parité avec l'arabe, précise M. Assid. Aujourd'hui, après trente ans sans changement, les extrémistes appellent à la suprématie du tamazight. Le combat est engagé."

http://www.mondeberbere.com/presse/CoranBerbere.htm
tafath
 

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