IBN KHALDOUN , Histoire des BERBERES

Traductions d'oeuvres universelles, du code de la route, etc ...

Modérateur: amdyaz

IBN KHALDOUN , Histoire des BERBERES

Messagede mbibany » Mer Déc 27, 2006 15:39

Ibn Khaldoun, Histoire des Berb?res et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale. Traduite de l?arabe par le Baron de Slane. 4 tomes. Nouvelle Edition. Les Geuthner. Paris. 1999.

Extraits choisis tir?s du tome premier.

Chapitre ? Tribus Arabes ?, Pages 29-30 :

? ? Les Soleim fr?quentaient les environs de M?dine, et les Hilal se tenaient sur le Ghazouan, montagne pr?s de Ta?f. Quelquefois, cependant, ils allaient prendre leurs quartiers d'?t? aux fronti?res de l'Irac et de la Syrie, d'o? ils faisaient des incursions dans les cantons voisins pour y d?valiser les voyageurs et piller les caravanes. Les Soleim se permettaient m?me d'attaquer les p?lerins de la Mecque aux jours o? l'on remplissait les grands devoirs de la religion, et de les d?pouiller sur le territoire de M?dine pendant qu'ils visitaient le tombeau du Proph?te. Les khalifes de Baghdad ne cessaient d'exp?dier des troupes pour punir ces m?faits et prot?ger les p?lerins contre de pareils outrages.
Plus tard, les Beni-Soleim et un grand nombre des tribus descendues de Rebi?-Ibn-Amer all?rent rejoindre aux Carmats, lors de la premi?re apparition de ces sectaires, et ils les servirent en qualit? de milices, dans les provinces de Bahrein et d'Oman.

Quand les princes Fatemides, descendants d'Obeid-Allah-el-Mehdi, eurent subjugu? l'Egypte et la Syrie, El-Aziz, un des souverains de cette dynastie, enleva aux Carmats les villes dont ils s'?taient empar?s dans ce dernier pays, et les ayant refoul?s jusqu'? la province de Bahrein, il transporta dans le Sa?d (la Haute-Egypte) leurs partisans, les Arabes des tribus de Hilal et de Soleim. Bien que la pr?sence de ces nomades d?t nuire ? la prosp?rit? de cette r?gion, il prit le parti de les y ?tablir, en les installant sur le bord oriental du Nil.

[Nous allons maintenant raconter les faits qui d?cid?rent le gouvernement ?gyptien ? faire passer ces tribus dans l'Afrique septentrionale.] En l'an 408, El-Mo?zz devint souverain des Sanhadja de Cairouan, ayant re?u son investiture d'Ed-Daher-li-D?n-illah-Ali, fils d'El-Hakem-bi-Amr-illah-Mansour, fils d'El-Az?z-billah-Nizar, fils d'El-Mo?zz-li-D?n-illah-M?dd, ?mir de l'Ifr?k?a. Ainsi, de m?me que ses p?res, il tenait son autorit? des souverains Fatemides, fait sur lequel nous aurons l'occasion de revenir. Ag? seulement de huit ans, il n'avait aucune connaissance des principes du gouvernement, aucune exp?rience des affaires, mais il appartenait ? une famille tr?s puissante et tr?s fi?re. Ed-Daher mourut en 427 (1036) et eut pour successeur son fils El-Mostancer-billah-M?dd, celui qui r?gna plus longtemps qu'aucun des khalifes de l'Islamisme: ayant gouvern? soixante-quinze ans, disent les uns, soixante cinq, disent les autres. La v?rit? est qu'il r?gna soixante-treize ans, puisqu'il mourut vers la fin du cinqui?me si?cle de l'h?gire.

El-Mo?zz, fils de Badis, eut pour les doctrines sonnites (orthodoxes) un certain penchant qu'il laissa quelquefois para?tre. Ainsi, vers le commencement de son r?gne, il lui arriva, en faisant une promenade, d'invoquer ? haute voix le secours des deux cheikhs [les khalifes] Abou-Bekr et Omar, dans un moment o? il voyait que son cheval allait s'abattre sous lui. Les gens du peuple ayant entendu ces paroles, commenc?rent ? massacrer les Raf?dites [Le mot raf?di signifie h?r?tique. II s'applique surtout aux partisans des Fat?mides], et ? proclamer hautement la doctrine orthodoxe : ils en firent publiquement la profession et supprim?rent les paroles venez ? l'excellente ?uvre (hai ala khair il ?mel) que les Fatemides avaient ins?r?es dans l'adan, ou appel ? la pri?re. ?


Chapitre ? Tribus Arabes ?, Pages 29-30 :


? ? Ayant persist? ? remplir son v?u, il fit couper aux robes de c?r?monie et aux ?tendards la bordure dans laquelle les noms des princes fatemides se trouvaient tiss?s, et ayant reconnu pour souverain Abou-Dj?fer-el-Ca?m, fils d'El-Cader, l'Abbacide, il ordonna qu'on f?t le [khotba] au nom de ce khalife et que l'on offr?t des pri?res pour sa prosp?rit? du haut de toutes les chaires. Ceci eut lieu en 437 (1045-6).
Le khalife de Baghdad ayant re?u l'acte par lequel El-Mo?zz reconnaissait son autorit?, lui envoya, par Abou-'l-Fadl-el-Baghdadi, le dipl?me d'investiture et les robes d'honneur. On fit la lecture de cette pi?ce dans la grande mosqu?e de Cairouan ; on y d?ploya les ?tendards noirs et on d?molit la maison des Isma?liens.
Quand cette nouvelle parvint ? El-Mostancer, khalife de l'?gypte, et ? ses sectateurs, les raf?dites ketamiens, ainsi qu'aux autres partisans de la dynastie fatemide, ils en ressentirent une douleur extr?me, et dans le trouble que cet ?v?nement leur inspira, ils demeur?rent frapp?s de consternation.
Nous avons d?j? fait observer que les tribus hilaliennes se trouvaient cantonn?es dans le Sa?d. Elles se composaient des Djochem, des El-Athbedj, des Zoghba, des R?ah, des Rebi? et des Adi; populations dont la pr?sence sur ce territoire y r?pandait la d?vastation et nuisait non seulement ? la province mais ? l'empire. Le vizir El-Yazouri donna le conseil de gagner ces tribus, d'en rev?tir les chefs du commandement des provinces de l'Ifr?k?a et de les envoyer faire la guerre ? la dynastie des Sanhadja. ? De cette mani?re, disait-il, les Arabes deviendront amis d?vou?s des Fatemides et formeront une excellente arm?e pour la protection de l?empire. Si, comme on le doit esp?rer, ? ils r?ussissent ? vaincre El-Mo?zz, ils s'attacheront ? notre cause et se chargeront d'administrer l'Ifr?k?a en notre nom; de plus, notre khalife se sera d?barrass? d'eux. Si, au contraire, l'entreprise ne r?ussit pas, peu nous importe! Dans tous les cas, mieux vaut avoir affaire ? des Arabes nomades qu'? une dynastie sanhadjite. ? Cet avis fut accueilli avec transport.
On a racont?, mais ? tort, que ce fut Abou-'l-Cacem-el-Djerdjera? qui donna ce conseil et qui fit entrer les Arabes en Ifr?k?a.
En cons?quence de la d?cision que l'on venait de prendre, El-Monstancer, en l?an 441 (1049-50), envoya son vizir aupr?s des Arabes. Ce ministre commen?a par faire des dons peu consid?rables aux chefs- une fourrure et une pi?ce d'or ? chaque individu, - ensuite il les autorisa ? passer le Nil en leur adressant ces paroles: ? Je vous fais cadeau du Maghreb et du royaume d'El-Mo?zz-lbn-Badis le Sanhadjite, esclave qui s'est soustrait ? l'autorit? de son ma?tre. Ainsi, dor?navant, vous ne serez plus dans le besoin ! ?
Il ?crivit alors au gouvernement du Maghreb une lettre ainsi con?ue :
Nous vous envoyons - Des coursiers rapides - Et des hommes intr?pides - Pour accomplir toute chose. - Que le destin d?cide! -,

Les Arabes, anim?s par l'espoir du butin, franchirent le Nil et all?rent occuper la province de Barca. Ayant pris et saccag? les villes de cette r?gion, ils adress?rent ? leurs fr?res qu'ils avaient laiss?s sur la rive droite du Nil une description attrayante du pays qu'ils venaient d'envahir. Les retardataires s'empress?rent d'acheter la permission de passer le fleuve ; et comme cette faveur leur couta une pi?ce d'or pour chaque individu, le gouvernement ?gyptien obtint non seulement le remboursement des sommes qu'il venait de leur distribuer, mais encore bien au del?. Ces envahisseurs se partag?rent alors le pays, de sorte que la partie orientale en ?chut aux Soleim et la partie occidentale aux Hilal. Ils d?vast?rent ensuite El-Medina-t-el-Hamra. Adjedabia, Asmou et Sort. La tribu soleimide de Heib se fixa sur le territoire de Barca avec ses conf?d?r?s, les Rouaha, les Nacera et les Omeim; mais les Debbab, les Auf, les Zoghb et toutes les familles hilaliennes se pr?cipit?rent sur l'Ifr?k?a comme une nu?e de sauterelles, abimant et d?truisant tout ce qui se trouvait sur leur passage.

Ce fut en l'an 443 (1051-2) que les Arabes entr?rent en Ifr?k?a. Moun?s-Ibn-Yahya-es-Sinberi, ?mir des Riah, fut le premier qui y p?n?tra. El-Mo?zz chercha aussit?t ? gagner l'appui de ce chef, et l'ayant fait venir aupr?s de lui, il le d?clara son ami et lui donna sa fille en mariage. Ensuite, il lui proposa d'attirer les Arabes des stations ?loign?es ou ils s'?taient arr?t?s, afin de pouvoir accabler par leur nombre et avec leur secours [les princes de la famille de Hammad] ses collat?raux, qui se tenaient en r?volte contre lui dans la partie occidentale de l'empire. Apr?s quelque h?sitation, Moun?s y donna son consentement et appela les Arabes. Ces nomades se mirent aussit?t ? d?vaster le pays en proclamant partout l'autorit? d'El-Mostancer-Billah, le khalife [fatemide]. Ils d?fi?rent aussi l'arm?e sanhadjienne et les corps de troupes alli?es qu'El-Mo?zz avait fait marcher contre eux. Ce prince si rempli d'orgueil fut outr? de cet ?chec; transport? de col?re, il arr?ta le fr?re de Moun?s, et ayant dress? son camp en dehors de Cairouan, il envoya demander des secours ? son cousin El-Ca?d-Ibn-Hammad-Ibn-Bologgu?n, seigneur de la Cal? des Beni-Hammad. El-Ca?d leva une troupe de mille cavaliers et la lui envoya.
Les Zenata nomades, auxquels il avait aussi adress? un appel, lui envoy?rent un autre millier, tous tir?s de la famille d'El-Montacer-lbn-Khazroun-el-Maghraoui et command?s par lui-m?me. El-Montacer ?tait un des chefs les plus puissants de la nation zenatienne, et au moment o? on lui demanda sa coop?ration, il se trouvait, avec ses nomades, dans les campagnes de l'Ifr?k?a.
El-Mo?zz se mit alors en marche avec ses alli?s, les partisans de sa famille, ses domestiques, ses amis, et le petit nombre des descendants des conqu?rants arabes qui habitaient encore son pays. Cette troupe s'accrut ensuite des contingents berb?res, de sorte qu'El-Mo?zz put aller a la rencontre de l'ennemi avec une arm?e tr?s nombreuse, compos?e, dit-on, d'environ trente mille combattants.
Les tribus arabes de R?ah, Zoghba et Adi se post?rent au midi de Haideran, lieu des environs de Cabes. Quand les deux arm?es se trouv?rent en pr?sence, l'ancien esprit national porta les descendants des Arabes qui, les premiers, avaient subjugu? le Maghreb, ? se d?tacher d'El-Mo?zz pour passer aux Hilal. Alors les Zenata et les Sanhadja l'abandonn?rent aussi, de sorte qu'il dut s'enfuir avec les gens de sa maison, et se r?fugier dans Cairouan. Ses tr?sors, ses bagages et ses tentes devinrent la proie des vainqueurs. L'on dit que dans cette affaire les Sanhadjiens perdirent, ? eux seuls, trois mille et trois cents hommes. Ce fut ? propos de cette journ?e qu'Ali-lbn-Hizc, de la tribu de R?ah, pronon?a le po?me qui commence ainsi ;
L'image d'Omaima [ma bien-aim?e,], se pr?senta ? minuit aupr?s de ma couche; [mais j'?tais d?j? parti] et nos montures couraient en pressant le pas.

C'est dans cette pi?ce que l'on trouve les vers suivants : Oui! le fils de Badis est un excellent roi, mais ses sujets ne sont pas des hommes.
Trente mille d'entre eux furent mis en d?route par trois mille des notres! ce fut l? un coup ? faire perdre l'esprit.
Quelques personnes attribuent ce po?me ? Ibn-Cheddad [Abou-Mohammed-Abd-el-Aziz-lbn-Cheddad, surnomm? Izz-ed- Din (gloire de la religion), ?tait petit-fils de Tem?m, fils d'El-Mo?zz-Ibn-Badis].
Les Arabes vinrent alors bloquer El-Mo?zz dans Cairouan, et pendant ce long si?ge, ils port?rent la d?vastation dans les campagnes et les villages des alentours. Ils n'?pargn?rent m?me pas les lieux o? la vengeance d'El-Mo?zz s'?tait d?j? fait sentir, parce qu'il en avait soup?onn? les habitants d'?tre d'accord avec eux.

Les gens de la campagne se r?fugi?rent dans Cairouan, et comme les Arabes continuaient ? en presser le si?ge et ? commettre des ravages ?pouvantables, les habitants finirent par s'enfuir ? Tunis et ? Sou?a.
Toute la province de l'Ifr?k?a fut pill?e et saccag?e, et en l?an 445 (1053-4) les villes d'Obba et de Laribus tomb?rent au pouvoir des Arabes. Pendant ce temps les Zoghba et les Riah se tenaient aux environs de Cairouan. Moun?s, ?tant alors venu camper sous les murs de la ville, accorda sa protection aux membres de la famille Ziri [famille dont El-Mo?zz faisait partie, et les conduisit ? Cabes et autres lieux. Les Arabes s'empar?rent ensuite du pays de Castil?a, et un de leurs chefs, Abed-Ibn-Abi-'l-Gha?th, ayant entrepris une exp?dition contre les Zenata et les Maghraoua, s'en revint avec un fort butin.
En l?an 446 (1054-5), les Arabes se partag?rent les villes de l'Ifr?k?a : la tribu de Zoghba s'appropria la ville et la province de Tripoli, pendant que la tribu de Mirdas, branche de celle des R?ah, occupa Bedja et les lieux voisins. Un nouveau partage se fit plus tard, et la r?gion situ?e au couchant de Cabes devint la propri?t? des tribus de R?ah, Zoghba, Makil, Djochem, Corra, Athbedj, Cheddad, Kholt et Sofyan, branche de la grande tribu de Hilal. De cette mani?re, l'empire d'EI-Mo?zz se morcela et lui ?chappa. Abed-Ibn-Abi-'l-Gha?th s'empara de Tunis et r?duisit les habitants en esclavage, pendant qu'Abou-Masoud, un autre de leurs chefs, prit la ville de B?ne par capitulation.

Quant ? El-Mo?zz, il chercha sa s?ret? en mariant ses trois filles aux ?mirs arabes, Fares-Ibn-Abi-'l-Gha?th, Abed-Ibn-Abi-'l-Gha?th et El-Fadl-ben-Bou-Ali, le Mirdacide. En l?an 448, il donna ? son fils Tem?m le commandement d'El-Mehd?a, et l'ann?e suivante, il se fit escorter ? Cairouan [lisez El-Mehd?a) par les chefs arabes, ses gendres. Comme les Arabes ne tard?rent pas ? l'y suivre, il s'embarqua et partit [pour Tunis]. Le lendemain, son fils, El-Mansour [qu'il avait laiss? ? Cairauan], informa les habitants du d?part de leur sultan. Alors ceux-ci ?vacu?rent la ville sous la conduite d'El-Mansour et de la troupe des n?gres [que le gouvernement sanhadjien entretenait ? son service]. Les Arabes y p?n?tr?rent aussit?t apr?s, et commenc?rent l'?uvre de d?vastation, pillant les boutiques, abattant les ?difices publics, et saccageant les maisons ; de sorte qu'ils d?truisirent toute la beaut?, tout l'?clat des monuments de Cairouan. Rien de ce que les princes sanhadjiens avaient laiss? dans leurs palais n'?chappa ? l'avidit? de ces brigands: tout ce qu'il y avait dans la ville fut emport? ou d?truit; les habitants se dispers?rent au loin, et ainsi fut consomm?e cette grande catastrophe.

Les Arabes march?rent ensuite contre El-Mehd?a et r?duisirent cette ville ? la derni?re extr?mit? en lui coupant les communications et les vivres.
Apr?s avoir renvers? le pouvoir des Sanhadja, les envahisseurs tourn?rent leurs armes contre les Zenata et leur enlev?rent tout le pays ouvert. La guerre entre ces deux peuples ne se termina pas de si t?t, et un descendant de Mohammed-Ibn-Khazer, qui r?gnait ? Tlemcen, pla?a un corps de troupes sous les ordres de son vizir Abou-Soda-Khal?fa-el-Ifr?ni, et l'envoya combattre les Arabes. Il s'ensuivit une longue s?rie d'hostilit?s; mais, dans une derni?re bataille, l'arm?e d'Abou-Soda fut mise en d?route et lui-m?me y perdit la vie.

Tous ces ?v?nements ?branl?rent profond?ment la prosp?rit? de l'Ifr?k?a; la d?vastation s'?tendit partout, et une foule de brigands interceptaient les routes et d?pouillaient les voyageurs.
A cette ?poque, le commandement des Zenata et des Berb?res nomades ?tait partag? entre quatre grandes familles, les Ifren, les Maghraoua, les Ou?mannou et les Ilouman. Apr?s avoir vaincu les Sanhadja et enlev? aux Zenata les pays ouverts de l'Ifr?k?a, les Arabes conquirent encore la province du Zab; et ayant subjugu? tous les Berb?res de cette r?gion, ils les accabl?rent d'imp?ts et de contributions? ?


Chapitre ? Tribus Arabes ?, Pages 45-46 :

? ?Quand la tribu de Hilal eut vaincu les Sanhadja, une nation voisine, les Zenata, s?appr?ta ? lui faire une vigoureuse r?sistance. Ce peuple, que ses habitudes nomades avaient rendu tr?s belliqueux, se mit en marche de l'Ifr?k?a et du Maghreb central pour repousser les Arabes ; et le prince de la famille Khazer qui r?gnait ? Tlemcen, fit partir son g?n?ral Abou-Soda-el-Ifreni, charg? d'une mission semblable. Abou-Soda leur livra plusieurs batailles, mais il perdit enfin la vie dans la province du Zab.
La tribu de Hilal se rendit alors ma?tresse de tout le pays ouvert; les Zenata ne purent plus leur r?sister, ni dans l'Ifr?k?a, ni dans le Zab, et dor?navant le mont Rached [le Djebel-Amour] et le pays du Mozab, dans le Maghreb central, form?rent la ligne de s?paration entre les deux peuples.
Rest?e victorieuse, la tribu de Hilal cessa de se livrer ? la guerre; et les Sanhadja purent conclure la paix avec elle, mais sous la dure condition de lui c?der les campagnes [et de ne garder pour eux que les villes]. D?s lors ils se mirent ? fomenter des dissensions entre ces Arabes, et ils aid?rent les Athbedj contre les R?ah et les Zoghba.
En-Nacer-Ibn-Alennas, prince de la Cal? des Beni-Hammad, r?unit des troupes pour soutenir les Athbedj, et El-Mo?zz-Ibn-Ziri, de la tribu de Maghraoua et souverain de Fez, vint se joindre ? lui avec les Zenata. Ils prirent position ? Laribus, et ensuite ils eurent une rencontre avec les R?ah et les Zoghba ? Seb?ba. Dans ce combat, El-Mo?zz-Ibn-Ziri abandonna son alli?, c?dant, ? ce qu'on pr?tend, aux inspirations de Tem?m-Ibn-el-Mo?zz-Ibn-Badis, prince de Cairouan. Cette trahison entra?na la d?faite d'Ibn-Alennas qui dut abandonner aux Arabes et aux Zenata ses tr?sors et son camp, apr?s avoir perdu son fr?re El-Cacem dans la m?l?e. Il se r?fugia ? Constantine, vivement poursuivi par la tribu de Hilal, et plus tard il atteignit la Cal? des Beni-Hammad, o? il se vit bient?t bloqu? par l'ennemi. Les assi?geants, apr?s avoir d?vast? les jardins et coup? tous les bois qui entouraient la place, all?rent insulter les autres villes de la province. Ayant mis en mine celles de Tobna et d'El-Mec?la, dont ils avaient chass? les habitants, ils se jet?rent sur les caravans?rails, les villages, les fermes et les villes, abattant tout ? ras de terre et changeant ces lieux en une vaste solitude, apr?s en avoir combl? les puits et coup? les arbres.
De cette mani?re, ils r?pandirent la d?solation partout, et ayant forc? les Sanhadja, princes de l'Ifr?k?a et du Maghreb, ainsi que leurs administrateurs dans les provinces, ? s'enfermer dans les grandes villes, ils leur enlev?rent peu ? peu les territoires qui leur restaient. Toujours guettant les moments favorables pour les surprendre, ils leur firent acheter par un tribut, la permission de se servir de leurs propres terres.
Fid?les ? leurs habitudes destructives, les Arabes ne cess?rent de se livrer ? toute esp?ce de brigandage, au point qu'ils forc?rent En-Nacer d'abandonner la Cal? et de se transporter, avec ses tr?sors ? Bougie, ville qu?il avait b?tie sur le bord de la mer pour y ?tablir sa r?sidence.
El-Mansour, son fils et successeur, fit aussi sa demeure ? Bougie afin de se soustraire ? l'oppression et aux brigandages que la race arabe exer?ait dans les plaines : les montagnes de Bougie, ?tant d'un acc?s fort difficile, et les chemins, ?tant presqu'impraticables pour des chameaux, mettaient son territoire ? l'abri de toute insulte.

Tant que la dynastie des Sanhadja conserva le pouvoir, elle reconnut aux Athbedj le droit d'exercer le commandement sur les autres Arabes; mais, quand elle cessa de r?gner, la tribu qu'elle avait ainsi favoris?e perdit toute son autorit? et se d?sorganisa.

En l'an 541 (1146-7), les Almohades subjugu?rent les royaumes de l'Afrique septentrionale, et plus tard, leur cheikh, Abdel-Moumen, entreprit une exp?dition en Ifrikia. Arriv? ? Alger, il re?ut la visite de deux chefs de ces Arabes nomades : l'un ?tait Abou-'l-Khal?l-Ibn-Keslan, ?mir de la tribu d'Athbedj, et l'autre, Habbas-Ibn-Mocheifer, personnage notable de la tribu de Djochem. Il leur fit un excellent accueil, et les ayant nomm?s au commandement de leurs tribus respectives, il reprit sa marche et s'empara de Bougie, en l'an 559. [Telle est la date donn?e par tous les manuscrits; elle est cependant fausse, Bougie ayant ?t? prise par Abd-el-Mollmen en 547 (1152-3).] ? ?
Dernière édition par mbibany le Mer Déc 27, 2006 15:51, édité 1 fois.
mbibany
 
Messages: 695
Inscription: Jeu Mai 26, 2005 08:37

IBN KHALDOUN: Traduction de Baron de Slane

Messagede mbibany » Mer Déc 27, 2006 15:51

Chapitre ? Leur Origine ?, Pages 167-169 :

? TRIBUS ET DYNASTIES BERB?RES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE
.



NOTICE SUR LES TRIBUS ET LES DYNASTIES DES BERB?RES, L'UN DES DEUX GRANDS PEUPLES QUI HABITENT LE MAGHREB. - HISTOIRE DE CETTE RACE DEPUIS LES TEMPS LES PLUS ANCIENS JUSQU'A NOS JOURS ET EXPOS? DES DIVERSES OPINIONS QU'ON A ENONC?ES AU SUJET DE SON ORIGINE


Depuis les temps les plus anciens, cette race d'hommes habite le Maghreb dont elle a peupl? les plaines, les montagnes, les plateaux, les r?gions maritimes, les campagnes et les villes. Ils construisent leurs demeures soit de pierre et d'argile, soit de roseaux et broussailles, ou bien encore de toiles faites avec du crin ou du poil de chameau. Ceux d'entre les Berb?res qui jouissent de la puissance et qui dominent les autres s'adonnent ? la vie nomade et parcourent, avec leurs troupeaux, les p?turages auxquels un court voyage peut les amener; jamais ils ne quittent l'int?rieur du Tell pour entrer dans les vastes plaines du D?sert. Ils gagnent leur vie ? ?lever des moutons et des b?ufs, se r?servant ordinairement les chevaux pour la selle et pour la propagation de l'esp?ce. Une partie des Berb?res nomades fait aussi m?tier d'?lever des chameaux, se donnant ainsi une occupation qui est plut?t celle des Arabes. Les Berb?res de la classe pauvre tirent leur subsistance du produit de leurs champs et des bestiaux qu'ils ?l?vent chez eux; mais la haute classe, celle qui vit en nomade, parcourt le pays avec ses chameaux, et toujours la lance en main; elle s'occupe ?galement ? multiplier ses troupeaux et ? d?valiser les voyageurs.

Leurs habillements et presque tous leurs autres effets sont en laine. Ils s'enveloppent de v?tements ray?s dont ils rejettent un des bouts sur l'?paule gauche, et par dessus tout, ils laissent flotter des burnous noirs. Ils vont, en g?n?ral, la t?te nue, et de temps ? autre ils se la font raser.

Leur langage est un idiome ?tranger, diff?rent de tout autre: circonstance qui leur a valu le nom de Berb?res. Voici comment on raconte la chose: Ifr?cos, fils de Ca?s-Ibn-Sa?fi, l'un des rois [du Y?men appel?s] Tobba1, envahit le Maghreb et l'Ifr?k?a, et y b?tit des bourgs et des villes apr?s en avoir tue le roi, El-Djerdj?s. Ce fut m?me d'apr?s lui, ? ce que l?on pr?tend, que ce pays fut nomme l'Ifr?k?a. Lorsqu'il eut vu ce peuple de race ?trang?re et qu'il l'eut entendu parler un langage dont les vari?t?s et les dialectes frapp?rent son attention, il c?da ? l'?tonnement et s??cria: ? Quelle berbera est la v?tre! ? On les nomma Berb?res pour cette raison. Le mot berbera signifie, en arabe, un m?lange de cris inintelligibles; de l? on dit, en parlant du lion, qu'il berb?re, quand il pousse des rugissements confus.

Les hommes vers?s dans la science des g?n?alogies s'accordent ? rattacher toutes les branches de ce peuple ? deux grandes souches : celle de Bern?s et celle de Madghis2. Comme ce dernier ?tait surnomme El-Abter, on appelle ses descendants El-Botr3, de m?me que l'on d?signe par le nom de Beran?s les familles qui tirent leur origine de Bern?s. Madghis et Bern?s s'appelaient chacun fils de Berr; cependant, les g?n?alogistes ne s'accordent pas tous ? les regarder comme issus d'un m?me p?re : Ibn-Hazm,? ?

1. Voyez l'Essai de M. C. de Perceval, t. I. p. 61 et suiv.
2. Ce nom s'?crit tant?t Madghis et tant?t Madgh?s; quelquefois m?me il se pr?sente sous la forme de Madaghs. Quant au mot Bern?s, en arabe brns, on peut aussi le prononcer Bornos ou Born?s.
3, Botr est le pluriel d'abter, adjectif arabe qui signifie sans queue, sans post?rit?. L'emploi syst?matique d'un terme arabe, d'abord au singulier, comme surnom de Madghis, et ensuite au pluriel, pour d?signer sa post?rit?, prouve que la langue arabe ?tait tr?s r?pandue dans la Mauritanie ? l'?poque ou les savants berb?res entreprirent la t?che de confectionner, ou fabriquer, l'arbre g?n?alogique de leur nation. D'autres circonstances portent ? croire que ces listes furent dress?es dans le quatri?me si?cle de l'h?gire, et r?dig?es alors en arabe,
-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------



Chapitre ? Leur Pays ?, Pages 197-203 :



? ? traverse le Zab pour se jeter dans la c?l?bre sibkha (marais sal?) situ?e entre Touzer et Nefzaoua. Cette rivi?re s'appelle le Cheddi.
Les provinces de Bougie et de Constantine appartenaient autrefois aux tribus de Zouaoua, Ketama, Adji?a et Hoouara, mais elles sont maintenant habit?es par les Arabes, qui en occupent toutes les parties, a l'exception de quelques montagnes d'acc?s difficile ou l?on trouve encore plusieurs fractions de ces tribus.

Toute l'Ifrikia, jusqu'? Tripoli, se compose de vastes plaines, habit?es, dans les temps anciens, par des Nefzaoua, des Beni-Ifren, des Nefou?a, des Hoouara et d'une quantit? innombrable d'autres tribus berb?res. La capitale en ?tait Cairouan. Cette province est devenue maintenant un lieu de parcours pour les Arabes de la tribu de Soleim. Les Beni-Ifren et les Hoouara sont soumis ? ces Arabes et les accompagnent pendant leurs courses nomades ; ils ont m?me oubli? la langue berb?re pour celle de leurs ma?tres, desquels ils ont aussi adopt? tous les caract?res ext?rieurs. Tunis est maintenant la capitale de l'Ifr?k?a et le si?ge de l'empire. Ce pays est travers? par un grand fleuve appel? le Medjerda qui recueille, les eaux de plusieurs autres rivi?res et se d?charge dans la Mer-Romaine, ? une journ?e de distance de Tunis, vers l'occident. Son embouchure est aupr?s d'un en droit nomm? Benzert.

Quant ? Barca, tous les monuments de sa gloire ont disparu; ses villes sont tomb?es en ruines et sa puissance s'est an?antie. Ce pays sert maintenant de lieu de parcours aux Arabes, apr?s avoir ?t? la demeure des Louata, des Hoouara et d'autres peuples berb?res. Dans les temps anciens, il poss?dait des villes populeuses telles que Lebda, Zou?la, Barca, Casr-Hassan, etc.; mais leur emplacement est maintenant un d?sert, et c'est comme si elles n'avaient jamais exist?.

-----------------------------------------------------------------------------------------------------


DES TALENTS QUE LA RACE BERB?RE A D?PLOY?S, TANT DANS LES TEMPS ANCIENS QUE DE NOS JOURS, ET DES NOBLES QUALIT?S PAR LESQUELLES ELLE S?EST ?LEV?E A LA PUISSANCE ET AU RANG DE NATION.
[Chapitre ajout? par l?auteur apr?s avoir achev? son ouvrage.]


En traitant de la race berb?re, des nombreuses populations dont elle se compose, et de la multitude de tribus et de peuplades dans laquelle elle se divise, nous avons fait mention des victoires qu?elle remporta sur les princes de la terre, et de ses luttes avec divers empires pendant des si?cles, depuis ses guerres en Syrie avec les enfants d?Isra?l et sa sortie de ce pays pour se transporter en Ifr?k?a et en Maghreb. Nous avons racont? les combats qu?elle livra aux premi?res arm?es musulmanes qui envahirent l?Afrique ; nous avons signal? les nombreux traits de bravoure qu?elle d?ploya sous les drapeaux de ses nouveaux alli?s, et retrac? l?histoire de Dihya-t-el-Kahena, du peuple nombreux et puissant qui ob?issait ? cette femme, et de l?autorit? qu?elle exer?a dans l?Auras, depuis les temps qui pr?c?dent l?arriv?e des vrais croyants jusqu?? sa d?faite par les Arabes. Nous avons mentionn? avec quel empressement la tribu de Mikna?a se rallia aux musulmans ; comment elle se r?volta et se chercha un asile dans le Maghreb-el-Acsa pour ?chapper ? la vengeance d?Ocba-Ibn-Naf?, et comment les troupes du khalife Hicham la subjugu?rent plus tard dans le territoire du Maghreb. ? Les Berb?res, dit Ibn-Abi-Yez?d, apostasi?rent jusqu?? douze fois, tant en Ifr?k?a qu?en Maghreb ; chaque fois, ils soutinrent une guerre contre les Musulmans, et ils n?adopt?rent d?finitivement l?islamisme que sous le gouvernement de Mou?a-Ibn-Noceir ? ; ou quelque temps apr?s selon un autre r?cit.
Ayant indiqu? les r?gions du D?sert habit?es par les Berb?res, ainsi que les ch?teaux, forteresses et villes qu?ils s??taient b?tis, tels que Sidjilmessa, les bourgades de Touat, de T?gourar?n, de F?guig, de Mozab, de Ouargla, du Righa, du Zab, de Negzaoua, d?El-Hamma et de Ghadems, ayant parl? des batailles et des grandes journ?es dans lesquelles ils s??taient distingu?s ; des empires et royaumes qu?ils avaient fond?s ; de leur conduite ? l??gard des Arabes hilaliens, lorsque ceux-ci envahirent l?Ifr?k?a au cinqui?me si?cle de l?h?gire ; de leurs proc?d?s envers les Beni-Hammad d?El-Cal?, et de leurs rapports avec les Lemtouna de Tlemcen et de T?hert, rapports tant?t amicaux, tant?t hostiles ; ayant mentionn? les concessions de territoire que les Beni-B?d?n obtinrent des Almohades dans le Maghreb, et racont? les guerres que firent les Beni-Mer?n aux successeurs d ;Abd-el-Moumen, nous croyons avoir cit? une s?rie de faits qui prouvent que les Berb?res ont toujours ?t? un peuple puissant, redoutable, brave et nombreux ; un vrai peuple comme tant d?autres dans ce monde, tels que les Arabes, les Persans, les Grecs et les Romains.

Telle fut en effet la race berb?re; mais ?tant tomb?s en d?cadence, et ayant perdu son esprit national par l?effet du luxe que l?exercice du pouvoir et l?habitude de la domination avaient introduit dans son sein, elle a vu sa population d?cro?tre, son patriotisme dispara?tre, et son esprit de corps et de tribu s?affaiblir au point que les diverses peuplades qui la composent sont maintenant devenues sujets d?autres dynasties et ploient, comme des esclaves, sous le fardeau des imp?ts.

Pour cette raison beaucoup de personnes ont eu de la r?pugnance ? se reconna?tre d?origine berb?re, et cependant on n?a pas oubli? la haute renomm?e des Aur?ba et leur chef Koceila s?acquirent ? l??poque de l?invasion musulmane. On se rappelle aussi la vigoureuse r?sistance faite par les Zenata, jusqu?au moment o? leur chef Ouzemar-Ibn-Soulat fut conduit prisonnier ? M?dine pour ?tre pr?sent? au kahilfe Othmane-Ibn-Affan. On n?a pas oubli? leurs successeurs, les Hoouara et les Senhadja, et comment les Ketama fond?rent ensuite une dynastie qui subjugua l?Afrique occidentale et orientale, expulsa les Abbacides de ce pays et gagna encore d?autres droits ? une juste renomm?e. Citons ensuite les vertus qui font honneur ? l?homme et qui ?taient devenues pour les Berb?res une seconde nature ; leur empressement ? s?acqu?rir des qualit?s louables, la noblesse d??me qui les porta au premier rang parmi les nations, les actions par lesquelles ils m?rit?rent les louanges de l?univers, bravoure et promptitude ? d?fendre leurs h?tes et clients, fid?lit? aux promesses, aux engagements et aux trait?s, patience dans l?adversit?, fermet? dans les grandes afflictions, douceur de caract?re, indulgence pour les d?fauts d?autrui, ?loignement pour la vengeance, bont? pour les malheureux, respect pour les vieillards et les hommes d?vots, empressement ? soulager les infortun?s ; industrie, hospitalit?, charit?, magnanimit?, haine de l?oppression , valeur d?ploy?e contre les empires qui les mena?aient, victoires remport?es sur les princes de la terre, d?vouement ? la cause de Dieu et de la religion ; voil?, pour les Berb?res ; une foule de titres ? une haute illustration, titres h?rit?s de leurs p?res et dont l?exposition ; mise par ?crit, aurait pu servir d?exemple aux nations ? venir, Que l?on se rappelle seulement les belles qualit?s qui les port?rent au fa?te de la gloire et les ?lev?rent jusqu?aux hauteurs de la domination, de sorte que le pays entier leur fut soumis et que leurs ordres rencontr?rent partout une prompte Ob?issance.

Parmi les plus illustres Berb?res de la premi?re race, citons d?abord Bologguin-Ibn-Ziri le Sanhadjien qui gouverna l?Ifrik?a au nom des Fat?mides : nommons ensuite Mohamed-Ibn-Khazer et son fils EI-Kheir, Arouba-Ibn- You?of-Ibn-el-Ketami, champion de la cause d?Obeid-Allah-es-Ch?i, You?of-Ibn-Tachefin, roi des Lemtouna du Maghreb, et Abd-el-Moumen-Ibn-Ali, grand cheikh des Almohades et disciple de L?imam El-Mehdi. Parmi les Berb?res de la seconde race on voit figurer plusieurs chefs ?minents qui, emport?s par une noble ambition, r?ussirent ? fonder des empires et ? conqu?rir le Maghreb central et le Maghreb-el-Acsa. D?abord Yacoub-Ibn-Abd-el-Hack, sultan des Beni-Mer?n ; puis, Yaghmoracen-Ibn-Z?an, sultan des B?ni Abd-el-Ouad ; ensuite, Mohammed-Ibn.Abd-el-Caou?-Ibn-Z?an, sultan des Beni-Abd-el-Ouad ; ensuite, Mohammed-Ibn-Abd-el-Caou?-Ibn-Ouzmar , chef des Beni-Toudj?n. Ajoutons ? cette liste le nom de Thabet-Ibn-Mend?l, ?mir des Maghraoua ?tablis sur le Ch?lif, et celui d?Ouzmar-Ibn-Ibrah?m, chef des Beni-Rached ; tous princes contemporains, tous ayant travaill?, selon leurs moyens pour la prosp?rit? de leur peuple et pour leur propre gloire.

Parmi les chefs berb?res voil? qui poss?d?rent au plus haut degr? les brillantes qualit?s que nous avons ?num?r?es, et qui, tant avant qu?apr?s l??tablissement de leur domination, jouirent d?une r?putation ?tendue, r?putation qui a ?t? transmise ? la post?rit? par les meilleures autorit?s d?entre les Berb?res et les autres nations, de sorte que le r?cit de leurs exploits porte tous les caract?res d?une authenticit? parfaite.

Quant au z?le qu?ils d?ploy?rent ? faire respecter le prescriptions de l?islamisme, ? se guider par les maximes de la loi et ? soutenir la religion de Dieu ; on rapporte, ? ce sujet, des faits qui d?montrent la sinc?rit? de leur foi, leur orthodoxie et leur ferme attachement aux croyances par lesquelles ils s??taient assur?s la puissance et l?empire. Ils choisissaient d?habiles pr?cepteurs pour enseigner ? leurs enfants le livre de Dieu, ils consultaient les casuistes pour mieux conna?tre les devoirs de l?homme envers son cr?ateur ; ils cherchaient des Imams pour leur confier le soin de c?l?brer la pri?re chez les nomades et d?enseigner le Coran aux tribus ; ils ?tablissaient dans leurs r?sidences de savants jurisconsultes, charg?s de remplir les fonctions de cadi ; ils favorisaient les gens de pi?t? et de vertu, dans l?espoir de s?attirer la b?n?diction divine en suivant leur exemple ; ils demandaient aux saints personnages le secours de leurs pri?res ; ils affrontaient les p?rils de la mer pour acqu?rir les m?rites de la guerre sainte ; ils risquaient leur vie dans le service de Dieu, et ils combattaient avec ardeur contre ses ennemis.

Au nombre de ces princes on remarque au premier rang You?of-Ibn-Tachfin et Abd-el-Moumen-Ibn-Ali ; puis viennent leurs descendants et ensuite Yacoub-Ibn-Abd-el-Hack et ses enfants. Les traces qu?ils on laiss?es de leur administration attestent le soin qu?ils avaient mis ? faire fleurir les sciences, ? maintenir la guerre sainte, ? fonder des ?coles, ? ?lever des zaou?a et des ribat, ? fortifier les fronti?res de l?empire, ? risquer leur vie pour soutenir la cause de Dieu, ? d?penser leurs tr?sors dans les voies de la charit?, ? s?entretenir avec les savants, ? leur assigner la place d?honneur aux jours d?audience publique, ? les consulter sur les obligations de la religion, ? suivre leurs conseils dans les ?v?nements politiques et dans les affaires de la justice, ? ?tudier l?histoire des proph?tes et des saints, ? faire lire ces ouvrages devant eux dans leurs salons de r?ception, dans leurs salles d?audience et dans leurs palais, ? consacrer des s?ances sp?ciales au devoir d?entendre les plaintes des opprim?s, ? prot?ger leurs sujets contre la tyrannie des agents du gouvernement, ? punir les oppresseurs, ? ?tablir au si?ge du khalifat et du royaume, dans l?enceinte m?me de leurs demeures, des oratoires o? l?on faisait sans cesse des invocations et des pri?res, et o? des lecteurs stipendi?s r?citaient une certaine portion du Coran tous les jours, matin et soir. Ajoutons ? cela qu?ils avaient couvert les fronti?res musulmanes de forteresses et de garnisons, et qu?ils avaient d?pens? des sommes ?normes pour le bien public, ainsi qu?il est facile de le reconna?tre ? l?aspect des monuments qu?ils nous ont laiss?s.

Faut-il parler des hommes extraordinaires, des personnages accomplis qui ont paru chez le peuple berb?re ? alors, on peut citer des saints traditionnistes ? l??me pure et ? l?esprit cultiv? ; des hommes qui connaissaient par c?ur les doctrines que les Tab?s et les imams suivants lavaient transmises ? leurs disciples ; des devins form?s par la nature pour la d?couverte des secrets les plus cach?s. On a vu chez les Berb?res des choses tellement hors du commun, des faits tellement admirables, qu?il est impossible de m?conna?tre le grand soin que Dieu a eu de cette nation, l?extr?me bont? qu?il lui a toujours t?moign?e, la combinaison de vertus dont il l?a dot?e, les nombreux genres de perfection auxquels il l?a fait atteindre et toutes les diverses qualit?s propres ? l?esp?ce humaine qu?il lui a permis de r?unir et de s?approprier. A ce sujet, leurs historiens rapportent des circonstances qui remplissent le lecteur d?un profond ?tonnement ... ?

------------------------------------------------------------------------------------------------------
Chapitre ? Leur Caract?re ?, Pages 205-206 :

? ? Parmi les hommes d'origine berb?re, on remarque aussi [Abou-]Mohammed-Ibn-Abi-Zeid [Yez?d], flambeau de la foi et membre de la tribu de Nefza.

Il y avait aussi chez eux des hommes vers?s dans la g?n?alogie, l'histoire et les autres sciences, et dont l'un, Mou?a-Ibn-Saleh-el-Ghomeri, personnage illustre de la tribu de Zenata, a laiss? une grande r?putation parmi les Berb?res. Nous avons d?j? parl? de lui dans notre notice sur les Ghomert, tribu zenatienne. Bien que nous n'ayons trouve aucun renseignement certain sur les croyances religieuses d'Ibn-Saleh, nous pouvons, n?anmoins le regarder comme un des ornements de sa nation et une preuve que la saintet?, l?art de la divination, le savoir, la magie et les autres sciences particuli?res ? l'esp?ce humaine existaient ? son ?poque chez les Berb?res.
Au nombre des r?cits qui ont couru parmi ce peuple est celui relatif ? la s?ur du c?l?bre chef Yala-Ibn-Mohammed-el-Ifr?ni. Selon les Berb?res, cette femme donna le jour ? un fils sans avoir eu commerce avec un homme. Ils l'appellent Kelman, et ils racontent de lui plusieurs traits de bravoure tellement extraordinaires que l'on est oblig? de regarder ce haut courage comme un don que Dieu lui avait fait ? l'exclusion de tout autre individu. Il est vrai que la plupart des chefs, parmi eux, nient l'existence de ce ph?nom?ne, m?connaissant ainsi la facult? que la puissance divine peut exercer afin de produire des choses surnaturelles. On raconte que cette femme devint grosse apr?s s??tre baign?e dans une source d'eau chaude o? les b?tes f?roces avaient l'habitude d'aller boire en l'absence des hommes. Elle con?ut par l'effet de la bave qu'un de ces animaux y avait laiss? ?chapper apr?s s'?tre abreuv?, et l'on nomma l'enfant Ibn-el-Aced (fils du lion) aussit?t qu'il commen?a ? manifester son naturel courageux. Les Berb?res racontent un si grand nombre d'histoires semblables que, si l'on se donnait la peine de les mettre par ?crit, on remplirait des volumes.
Telles furent les habitudes et le caract?re des Berb?res jusqu'? ce qu'ils parvinrent ? fonder les dynasties et les empires dont nous allons raconter l'histoire.

-----------------------------------------------------------------------------------------------

COUP D'OEIL SUR L'HISTOIRE DES BERB?RES DEPUIS LES TEMPS QUI ONT PR?C?D? LA CONQU?TE MUSULMANE JUSQU'? L'AV?NEMENT DE LA DYNASTIE AGHLEBIDE 1.


On sait par les ouvrages qui traitent de la conqu?te de l'Ifr?k?a et du Maghreb et par l'histoire des apostasies et des guerres par lesquelles les Berb?res se signal?rent ensuite, que ce peuple formait plusieurs branches et se composait de tribus sans nombre. Ibn-er-Rak?k2 raconte que Mou?a-Ibn-Noceir, apr?s la prise de Sek?ouma, ?crivit en ces termes ? El-Ou?l?d-Ibn-Abd-el-M?lek: ? Votre quint des prisonniers faits ? Sek?ouma monte ? cent mille individus ?; et que ce khalife lui r?pondit par une lettre renfermant ces paroles: ? Malheureux ! j'y vois encore un de tes mensonges! ce lieu dont tu parles aura donc ?t? le rendez-vous de toute la nation! ?
Depuis le Maghreb [-el-Acsa] jusqu'? Tripoli, ou, pour mieux dire, jusqu'? Alexandrie, et depuis la Mer-Romaine (La M?diterran?e) jusqu'au pays des Noirs, toute cette r?gion a ?t? habit?e par la race berb?re, et cela depuis une ?poque dont on ne conna?t ni les ?v?nements ant?rieurs ni m?me le commencement. La religion de ce peuple, comme celle de toutes les nations ?trang?res de l'Orient et de l'Occident, ?tait le paganisme. On arriva, cependant, de temps ? autre, que les Berb?res professaient la

1. Cette esquisse fournit des renseignements pr?cieux, mais elle est malheureusement trop concise. Il en est de m?me des chapitres sur les ?mirs arabes el les Aghlebides que notre auteur a ins?r?s dans une autre partie de son ouvrage et dont M. No?l Des Vergers a donn? une ?dition. L'extrait de la grande encyclop?die d'En-Noweiri qui accompagne ce volume, compl?te les indications d'IbnKhaldoun.
2. Voyez ci-apr?s, page 292, note 3. - On trouve dans l'histoire du Maghreb, intitul?e le Ba?an, un grand nombre de passages extraits des ?crits d'Ibn-er-Rak?k.


----------------------------------------------------------------------------------------------------------
Chapitre ? Domination Arabe ?, Pages 208-209 :

? ? A l'?poque o? l'islam vint ?tendre sa domination sur les Berb?res, ils ?taient en possession des privil?ges qu'ils venaient d'arracher aux Romains, eux qui avaient pr?c?demment pay? l'imp?t ? H?raclius, roi de Constantinople. L'on sait que ce monarque recevait un tribut de soumission, non seulement d'eux, mais d'El-Macoucos, seigneur d'Alexandrie, de Barca et de l'Egypte, ainsi que du seigneur de Tripoli, Lebda et Sabra, du souverain de la Sicile et du prince des Goths, seigneur de l'Espagne. En effet, les peuples de ces pays reconnaissaient la souverainet? des Romains, desquels ils avaient re?u la religion chr?tienne. Ce furent les Francs (Latins), qui exer?aient l'autorit? supr?me en Ifr?k?a, car les Roum (Grecs) n'y jouissaient d'aucune influence: il ne s'y trouvait de cette nation que des troupes employ?es au service des Francs; et si l'on rencontre le nom des Roum dans les livres qui traitent de la conqu?te de l'Ifr?k?a, cela ne provient que de l'extension donn?e ? la signification du mot. Les Arabes de cette ?poque ne connaissaient pas les Francs, et n'ayant eu ? combattre en Syrie que des Roum, ils s??taient imagin? que cette nation dominait les autres peuples chr?tiens, et que H?raclius ?tait roi de toute la chr?tient?. Sous l'influence de cette id?e, ils donn?rent le nom de Roum ? tous les peuples qui professaient le christianisme. En reproduisant les renseignements fournis par les Arabes, je n'y ai fait aucun changement, mais je dois n?anmoins d?clarer que Djoreidj?r (Gr?goire), le m?me qui fut tu? lors de la conqu?te, n'?tait pas roumi (Grec) mais franc (Latin) et que le peuple dont la domination avait pes? sur les Berb?res de l'Ifr?k?a, et qui en occupait les villes et les forteresses, ?tait des Francs.

Une partie des Berb?res professait le juda?sme, religion qu'ils avaient re?ue de leurs puissants voisins, les Israelites de la Syrie. Parmi les Berb?res juifs on distinguait les Djeraoua, tribu qui habitait l'Auras et ? laquelle appartenait la Kahena, femme qui fut tu?e par les Arabes ? l'?poque des premi?res invasions. Les autres tribus juives ?taient les Nefou?a, Berb?res de l'Ifr?k?a, les Fendelaoua, les Mediouna, les Behloula, les Gh?atha et les Fazaz, Berb?res du Maghreb-el-Acsa. Idris premier, descendant d'El-Hacen, fils d'El-Hacen [petit-fils de Mahomet], ?tant arriv? en Maghreb, fit disparaitre de ce pays jusqu'aux derni?res traces des religions [chr?tienne, juive et pa?enne) et mit un terme ? l'ind?pendance de ces tribus. Aussi nous disons qu'avant l'introduction de l'islamisme, les Berb?res de l'Ifr?k?a et du Maghreb vivaient sous la domination des Francs et professaient le christianisme, religion suivie ?galement par les Francs et les Grecs; mais, en l'an 27 (647-8), sous le khalifat d'Othman, les musulmans, command?s par Abd-Allah-Ibn-S?d-Ibn-Abi-Sarh, descendant d'Amer-Ibn-Loua? [chef d'une famille coreichide), envahirent l'Ifr?k?a. Djoreidjir ?tait alors roi des Francs ?tablis en ce pays. Son autorit? s'?tendait depuis Tripoli jusqu'? Tanger, et la ville de Sbaitla formait la capitale de son empire. Pour r?sister aux Arabes, il rassembla tous les Francs et Roum qui se trouvaient dans les villes de l'Ifr?k?a, ainsi que les populations berb?res qui, avec leurs chefs, occupaient les campagnes de cette province. Ayant r?uni environ cent vingt mille combattants, il livra bataille aux vingt mille guerriers dont se composait l'arm?e musulmane. Cette rencontre amena la d?route des chr?tiens, la mort de leur chef et la prise et destruction de Sbaitla. Dieu livra aux vrais croyants les d?pouilles des vaincus ainsi que leurs filles; et Abd-Allah-Ibn-ez-Zobeir re?ut de ses troupes, comme cadeau, la fille de ce m?me Djoreidj?r auquel il avait ?t? la vie. Le voyage d'Ibn-ez-Zobeir ? Medine pour annoncer au khalife et aux musulmans la nouvelle de cette victoire est un fait aussi remarquable et aussi bien connu que les ?v?nements dont nous venons de parler? ?


-------------------------------------------------------------------------------------------
Chapitre ? Domination Arabe ?, Pages 211-220 :

? ? Ce fut en l'an 45 (665) que ce g?n?ral quitta l'?gypte pour aller ? la conqu?te de l'Ifr?k?a. Dans l'espoir de repousser celle invasion, le roi des Roum fit partir de Constantinople une flotte charg?e de troupes. Cette tentative fut inutile: son arm?e essuya une d?faite totale dans la province maritime d'Edjem, en se mesurant avec les Arabes, et la ville de Djeloula fut assi?g?e et prise par les vainqueurs. Quand Ibn-Hodeidj fut de retour au Caire, Moaou?a-Ibn-Abi-Sofyan nomma Ocba, fils de Naf?, gouverneur de l'Ifr?k?a. Ce fut Ocba qui fonda la ville de Cairouan.
Les Francs, dont la discorde avait affaibli la puissance, se refugi?rent alors dans leurs places fortes, et les Berb?res continu?rent ? occuper les campagnes jusqu'? l'arriv?e d'Abou-'l-Mohadjer, affranchi auquel le nouveau khalife, Yez?d, fils de Moaou?a, venait d'accorder le gouvernement de l'Ifr?k?a.
Le droit de commander au peuple berb?re appartenait alors ? la tribu d'Aur?ba et fut exerc? par Koceila, fils de Lemezm, et chef des Beran?s. Koceila avait pour lieutenant Sekerd?d-Ibn-Roumi1-Ibn-Marezt, l'Aur?bien. Chr?tiens d'abord, ils s'?taient tous les deux faits musulmans lors de l'invasion arabe; mais ensuite sous l'administration d'Abou-'l-Mohadjer, ils renonc?rent ? leur nouvelle religion et ralli?rent tous les Beran?s sous leurs drapeaux. Abou-'l-Mohadjer marcha contre les r?volt?s, et, arriv? aux sources (o?oun) de Tlemcen, il les battit compl?tement et fit Koceila prisonnier. Le chef berb?re n'?vita la mort qu'en faisant profession de l'islamisme.
Ocba, qui ?tait revenu en Ifr?k?a pour remplacer Abou-'l-Mohadjer, traita Koceila avec la derni?re indignit?, pour avoir montr? de l'attachement ? ce gouverneur. Il s'empara ensuite des places fortes du pays, telles que Baghala et. Lamb?sa2, et d?fit les princes berb?res dans la province de Zab et ? T?hert. Ayant dispers? successivement les arm?es qui venaient le combattre, il p?n?tra dans le Maghreb-el-Acsa et re?ut la soumission des Ghomara, tribu qui reconnaissait alors pour ?mir (le nomm?) Yulian (le comte Julien). De l?, il marcha sur Oul?li, et se dirigeant ensuite Vers le Deren (l'Atlas), il y attaqua les populations masmoudiennes. A la suite de plusieurs engagements, ces tribus parvinrent ? cerner leur adversaire au milieu de leurs montagnes, mais les Zenata, peuple d?vou? aux musulmans depuis la conversion des Maghraoua ? l'islamisme, march?rent au secours du g?n?ral arabe et le d?gag?rent de sa position dangereuse. Ocba ch?tia alors les Masmouda si rudement qu'il les contraignit ? reconna?tre la domination musulmane, et ayant soumis leur pays, il passa dans le Sous afin de combattre les Sanhadja, porteurs de voile (litham), qui y faisaient leur s?jour. Ce peuple ?tait pa?en, et n'avait jamais adopt? la religion chr?tienne. Ocba leur infligea un ch?timent s?v?re, et s'?tant avanc? jusqu'? Taroudant, il mit en d?route tous les rassemblements berb?res. Au del? de Sous il attaqua les Messoufa, et leur ayant fait une quantit? de prisonniers, il s'en retourna sur ses pas. Pendant toutes ces exp?ditions il avait amen? Koceila avec lui et le retenait aux arr?ts. Sorti du Sous, pour rentrer en Ifr?k?a, il laissa partir pour Cairouan une grande partie de son arm?e et ne garda aupr?s de lui qu'un faible d?tachement. La tribu de Koceila avec laquelle ce chef entretenait une correspondance suivie, fit ?pier toutes les d?marches d'Ocba, et profitant d'une occasion favorable, elle le tua et tous les siens.
Pendant cinq ann?es, Koceila gouverna l'Ifr?k?a et exer?a une grande autorit? sur les Berb?res. Il s'?tait fix? ? Cairouan et avait accord? gr?ce et protection ? tous les Arabes qui, n'ayant pas eu le moyen d'emmener leurs enfants et leurs effets, ?taient rest?s dans cette ville.
En l'an 67 (686-7), sous le khalifat d'Abd-el-Melek, Zoheir-Ibn-Ca?s3-el-B?loui arriva en Ifr?k?a pour venger la mort d'Ocba.
Koceila rassembla aussit?t ses Berb?res et alla lui livrer bataille ? Mems, dans la province de Cairouan. Des deux c?t?s l'on se battit avec un acharnement extr?me, mais, ? la fin, les Berb?res prirent la fuite apr?s avoir fait des pertes ?normes. Koceila lui-m?me y trouva la mort. Les Arabes poursuivirent l'ennemi jusqu'? Mermadjenna, et de l?, ils le chass?rent jusqu'au Molou?a. Cette bataille ayant co?t? aux Berb?res la fleur de leurs troupes, infanterie et cavalerie, brisa leur puissance, abaissa leur orgueil et fit dispara?tre ? jamais l'influence des Francs. C?dant ? la terreur que Zoheir et les Arabes leur inspiraient, les populations vaincues se refugi?rent dans les ch?teaux et les forteresses du pays.
Quelque temps apr?s, Zoheir se jeta dans la d?votion, et ayant pris le chemin de l'Orient, il trouva la mort ? Barca en combattant les infid?les. A la suite de cet ?v?nement, le feu de la r?volte se propagea de nouveau par toute l'Ifr?k?a, mais la d?sunion se mit alors parmi les Berb?res, chacun de leurs cheikhs se regardant comme prince ind?pendant.
Parmi leurs chefs les plus puissants, on remarqua surtout la Kahena, reine du Mont-Auras, et dont le vrai nom ?tait Dihya, fille de Tabeta, fils de T?fan4. Sa famille faisait partie des Djeraoua5, tribu qui fournissait des rois et des chefs ? tous les Berb?res descendus d'El-Abter.
Le khalife Abd-el-M?lek fit parvenir ? Hassan- Ibn-en-Noman-el-Ghassani., gouverneur de l'?gypte, l'ordre de porter la guerre en Ifr?k?a, et il lui envoya les secours n?cessaires pour cette entreprise. EI-Hassan se mit en marche, l'an 69 (688-9), et entra ? Cairouan d'o? il alla emporter d'assaut la ville de Carthage. Les Francs qui s'y trouvaient encore pass?rent alors en Sicile et en Espagne. Apr?s cette victoire, Hassan demanda qui ?tait le prince le plus redoutable parmi les Berb?res, et ayant appris que c'?tait la Kahena, femme qui commandait ? la puissante tribu des Djeraoua, il marcha contre elle et prit position sur le bord de a rivi?re Miskiana. La Kahena mena ses troupes contre les Musulmans, et les attaquant avec un acharnement extr?me, elle les for?a ? prendre la fuite apr?s leur avoir tu? beaucoup de monde. Khaled-Ibn-Yez?d-el-Ca??i resta prisonnier entre les mains des vainqueurs. La Kahena ne perdit pas un instant ? poursuivre les Arabes, et les ayant expuls?s du territoire de Cabes, elle contraignit leur g?n?ral ? chercher refuge dans la province de Tripoli. Hassan ayant alors re?u une lettre d'Abd-el-M?lek, lui ordonnant de ne pas reculer davantage, il s'arr?ta et b?tit les ch?teaux que l'on appelle encore aujourd'hui Cosour-Hassan (les ch?teaux de Hassan). La Kahena rentra dans son pays, et ayant adopt? pour troisi?me fils son prisonnier Khaled, elle continua, pendant cinq ans, ? r?gner sur l'Ifr?k?a et ? gouverner les Berb?res.
En l'an 74 (693-4), Hassan revint en Ifr?k?a ? la t?te des renforts qu'Abd-el-M?lek lui avait exp?di?s. ? son approche, la Kahena fit d?truire toutes les villes et fermes du pays; aussi, cette vaste r?gion qui, depuis Tripoli jusqu'? Tanger, avait offert l'aspect d'un immense bocage, ? 1'ombre duquel s'?levait une foule de villages touchant les uns aux autres, ne montra plus que des ruines. Les Berb?res virent avec un d?plaisir extr?me la destruction de leurs propri?t?s, et abandonn?rent la Kahena pour faire leur soumission ? Hassan. Ce g?n?ral profita d'un ?v?nement aussi heureux, et ayant r?ussi ? semer la d?sunion parmi les adh?rents de la Kahena, il marcha contre les Berb?res qui ob?issaient encore ? cette femme, et les mit en pleine d?route. La Kahena elle-m?me fut tu?e dans le Mont-Auras, ? un endroit que l'on appelle, jusqu'? ce jour, B?r-el-Kahena (le puits de la Kahena). L'offre d'une amnistie g?n?rale d?cida les vaincus ? embrasser l'islam, ? reconna?tre l'autorit? du gouvernement arabe et ? fournir un contingent de douze mille guerriers ? Hassan. La sinc?rit? de leur conversion fut attest?e par leur conduite subs?quente.
Hassan accorda au fils a?n? de la Kahena le commandement en chef des Djeraoua et le gouvernement du Mont-Auras. II faut sa voir que d'apr?s les conseils de cette femme, conseils dict?s par les connaissances surnaturelles que ses d?mons familiers lui avaient enseign?es, ses deux fils s'?taient rendus aux Arabes avant la derni?re bataille.
Rentr? ? Caiwuan, Hassan organisa des bureaux pour l'administration du pays, et moyennant le paiement de l'imp?t (kharadj), il accorda la paix ? tous les Berb?res qui offraient leur soumission. Par une ordonnance ?crite, il soumit au m?me tribut les individus de race ?trang?re qui se trouvaient encore en Ifr?k?a, ainsi que cette portion des Berb?res et des Beran?s qui ?tait rest?e fid?le au christianisme,
Quelque temps apr?s, les Berb?res se disput?rent la possession de l'Ifr?k?a et du Maghreb, de sorte que ces provinces furent presque d?peupl?es. Quand le nouveau gouverneur, Mou?a-Ibn-Noceir, arriva ? Cairouan et vit l'Ifr?k?a chang?e en une vaste solitude, il y fit venir les populations d'origine ?trang?re qui se trouvaient dans les provinces ?loign?es, et ayant tourn? ses armes contre les Berb?res, il soumit le Maghreb et for?a ce peuple ? rentrer dans l'ob?issance.
Tarec-Ibn-Z?ad re?ut de lui le commandement de Tanger et s'y installa avec douze mille Berb?res et vingt-sept Arabes6 charg?s d'enseigner ? ces n?ophytes le Coran et la loi. Mou?a s'en retourna alors en Ifr?k?a. En l'an 101 (719-20), le reste des Berb?res embrassa l'islamisme, gr?ce aux efforts d'Isma?l, fils d'Abd-Allah, et petit-fils d'Abou-'l-Mohadjer.
Abou-Mohammed, fils d'Abou-Yez?d7 raconte que, depuis Tripoli jusqu'? Tanger, les populations berb?res apostasi?rent douze fois, et que l'islamisme ne fut solidement ?tabli chez elles qu'apr?s la conqu?te du Maghreb et le d?part de Mou?a-Ibn-Noceir et de Tarec pour l'Espagne. Ces chefs emmen?rent avec eux un grand nombre de guerriers et des cheikhs berb?res, afin d'y combattre les infid?les. Apr?s la conqu?te de l'Espagne, ces auxiliaires s'y fix?rent, et depuis lors, les Berb?res du Maghreb sont rest?s fid?les ? l'islamisme et ont perdu leur ancienne habitude d'apostasier.
Plus tard, les principes de la secte kharedjite se d?velopp?rent chez eux. Cette nouvelle doctrine leur avait ?t? apport?e de l'Irac, son berceau, par quelques Arabes qui vinrent se r?fugier en Ifr?k?a. Nous avons dit ailleurs, dans une notice sur les Kharedjites, que leur secte se partagea en plusieurs branches, telles que les Sofrites, les Eibadites et autres.
Le kharedjisme s'?tant rapidement propag? dans le pays, devint, pour les esprits s?ditieux d'entre les Arabes et les Berb?res, une puissante arme pour attaquer le gouvernement. De tout c?t?, ces aventuriers recrut?rent des partisans parmi les Berb?res de la basse classe et leur enseign?rent les croyances h?t?rodoxes qu'ils professaient eux-m?mes. Habiles ? d?guiser l'erreur sous le voile de la v?rit?, ils parvinrent ? r?pandre dans le peuple les semences d'une h?r?sie qui jeta bient?t de profondes racines. Ensuite ils port?rent l'audace au point d'attaquer les ?mirs arabes [qui gouvernaient l'Afrique], et en l'an 102 (720-1), ils tu?rent Yez?d-Ibn-Abi-Moslem, dont certains actes leur avaient d?plu.

En l'an 122 (739-40), ils se r?volt?rent contre Obeid8-Allah-Ibn-el-Habh?b qui gouvernait alors l'Afrique au nom du khalife Hicham-Ibn-Abd-el-M?lek. Cet ?mir avait envahi le Sous afin d'y ch?tier les Berb?res, et ayant fait sur eux un grand butin et une foule de prisonniers, il s'?tait port? en avant jusqu'au pays des Messoufa o? il tua beaucoup de monde et fit encore des prisonniers. Les Berb?res en furent constern?s; mais ils se soulev?rent bient?t, quand ils eurent appris que le vainqueur les regardait eux-m?mes comme un butin acquis aux musulmans et qu'il se proposait en cons?quence de prendre le cinqui?me de leur nombre [pour en faire des esclaves]. Meicera-el-Magthari se r?volta alors ? Tanger, et ayant tu? le commandant, Amr9-Ibn-Abd-Allah, il proclama la souverainet? du chef des Sofrites, Abd-el-Ala-Ibn-Hodeidj-el-Ifr?ki, homme d'origine chr?tienne qui avait ?t? converti ? l'islamisme par les Arabes. Quelque temps apr?s, Meicera se proclama khalife et invita les populations ? embrasser la doctrine des Kharedjites-sofrites, mais ayant enfin encouru, par sa tyrannie, la haine des Berb?res, il tomba sous leurs coups.

Apr?s cet acte de vengeance, ils prirent pour chef Khaled-Ibn-Hamid le Zenatien. Selon Ibn-Abd-el-Hakem, cet homme appartenait aux Hetoura, branche des Zenata. S'?tant assur? de leur d?vouement, Khaled marcha au-devant des Arabes qu'Ibn-el-Habh?b venait d'envoyer contre lui, et arriv? sur les bords du Chelif, il vit avancer les musulmans sous la conduite de Khaled-Ibn-Abi-Hab?b. Dans la bataille qui s'ensuivit et que l'on appela le Combat des nobles, les Arabes furent mis en de route et Ibn-Abi-Hab?b, ainsi que [la plupart de] ses compagnons y trouva la mort. A la suite de ce conflit, la r?volte devint g?n?rale.

Le khalife Hicham-Ibn-Abd-el-M?lek ayant appris ces f?cheuses nouvelles, rempla?a Ibn-el-Habh?b par Kolthoum-Ibn-Eiad-el-Cocheiri. Nomm? gouverneur en l'an 123 (740-l), Kolthoum se mit en marche ? la t?te de douze mille hommes de milices syriennes. Le khalife ?crivit en m?me temps aux garnisons de l'Egypte, de Barca et de Tripoli, leur ordonnant de fournir des renforts ? ce corps d'arm?e. Le nouvel ?mir prit la route de l'Ifr?k?a, et l'ayant travers?e ainsi que le Maghreb, il s'avan?a jusqu'au Sebou10 rivi?re [de la province] de Tanger. Khaled-Ibn-Ham?d vint ? sa rencontre avec une foule immense de Berb?res, et ayant culbut? l'avant-garde des Arabes, il aborda le reste de l'arm?e avec une imp?tuosit? extr?me. Pendant quelque temps l'on se battit avec un grand acharnement, mais, enfin, l'?mir Kolthoum y perdit la vie. Ce fut lit le signal d'une d?route g?n?rale : le corps syrien passa en Espagne avec Beledj-Ibn-Bichr-el-Cocheiri, et le corps ?gyptien rentra ? Cairouan avec les troupes de l'Ifr?k?a.

Hicham-Ibn-Abd-el-M?lek donna aussit?t ? Handala-Ibn-Safouan-el-Kelbi l'ordre de partir pour l'Ifr?k?a. Cet officier arriva ? Cairouan l'an 124 (741-2), et ayant appris que la tribu des Hoouara, command?e par ses chefs, Okacha-Ibn-A?oub et Abd-el-Ouahed-Ibn-Yez?d, ?tait en r?volte ouverte et marchait contre lui avec les partisans qu'elle avait trouv?s parmi les autres populations berb?res, il se mit en campagne, et arrive ? El-Carn, aux environs de Cairouan, il attaqua les insurg?s si vigoureusement qu'il les mit en pleine d?route apr?s avoir tu? Abd-el-Ouahed et fait prisonnier Okacha. D'apr?s ses ordres on compta les morts, et l?on reconnut que cent quatre-vingt mille hommes avaient succomb?. Il adressa ensuite ? Hicham une d?p?che dans laquelle il lui annon?a le triomphe de ses armes. Quand El-Leith-Ibn-S?d11 apprit la nouvelle de cette victoire, il s'?cria : ? Apr?s la bataille ? de Bedr, c'est ? la bataille d'EI-Carn et El-Asnam que je voudrais avoir pris part. ?

Bient?t apr?s, la puissance du khalifat s'affaiblit dans l'Orient par suite des dissensions qui s'?taient ?lev?es parmi les Om??ades, et des guerres que [le khalife] M?rouan [-Ibn-Mohammed] eut ? soutenir contre les Chiites et les Kharedjites.

Il en r?sulta le remplacement de la dynastie Om??ade par celle des Abbacides. Abd-er-Rahman-Ibn-Hab?b, qui ?tait alors en Espagne, traversa le Detroit et enleva ? Handala la possession de l'Ifr?k?a. Ceci se passa en 126 (743-4).

De nouveaux d?sordres ?clat?rent aussit?t dans ce pays; l'insubordination des Berb?res, cette plaie de l'Afrique, devint plus redoutable que jamais, et les Kharedjites, sous la conduite de leurs chefs, d?ploy?rent encore leur animosit? contre l'empire. De tous les c?t?s ces populations coururent aux armes, et s'?tant r?unies en plusieurs corps, elles s'empar?rent de l'autorit?, en proclamant leurs doctrines h?r?tiques. La tribu de Sanhadja command?e par Thabet-Ibn-Ouz?doun12 prit une part tr?s active ? ce mouvement et s'empara de la ville de B?dja. L'?mir berb?re, Abd-Allah-Ibn-Sekerd?d, entra?na ses partisans dans la m?me r?volte, pendant qu'El-Hareth et Abd-el-Djebbar, chefs de la secte eibadite et membres de la tribu de Hoouara, s'empar?rent de Tripoli, apr?s en avoir tu? le gouverneur, Bekr-Ibn-Abs-el-Ca?ci. Cet officier ?tait all? au-devant d'eux pour les inviter ? garder la paix, quand ils se jet?rent sur lui et l'assassin?rent.
Les affaires rest?rent encore quelque temps en cet ?tat d?plorable, et Isma?l-Ibn-Z?ad s'empara de Cabes avec l'aide des partisans qu'il avait trouv?s parmi les Nefou?a. En l'an 131 (748-9), Abd-er-Rahman-Ibn-Habib marcha contre les insurg?s et tua Abd-el-Djebbar et El-Hareth. Frappant ensuite les Berb?res sans rel?che, il leur fit ?prouver des pertes ?normes, et enfin, en l'an 135, il occupa Tlemcen et soumit le Maghreb.
En l'an 140 (757-8), eut lieu la r?volte des Ourfeddjouma et d'autres branches de la tribu de Nefzaoua. Abd-er-Rahman-Ibn-Hab?b avait repudi? l'autorit? du [khalife] Abou-Dj?fer [-el-Mansour], et venait d'?tre assassin? par ses propres fr?res, El-Yas et Abd-el-Ouareth. Son fils et successeur, Hab?b, fit mourir El-Yas pour venger la mort de son p?re. Abd-el-Ouareth se r?fugia chez les Ourfeddjouma et obtint l'appui de leur ?mir Acem-Ibn-Djem?l. L'exemple de celui-ci fut imit? par Yez?d-Ibn-Seggoum, ?mir des Oulha?a. Les Nefzaoua, s'?tant ralli?s ? eux, proclam?rent la souverainet? d'El-Mansour, et all?rent emporter d'assaut la ville de Cairouan. Hab?b courut se r?fugier dans Cabes, et Acem l'y poursuivit, ? la t?te des Nefzaoua, apr?s avoir confi? le gouvernement de Cairouan ? Abd-el-M?lek-Ibn-Abi-'l-Dj?d, membre de cette tribu. Hab?b s'enfuit alors vers l'Auras dans l'espoir d'?chapper ? Acem qui le poursuivit toujours, mais il fut tu? par Ibn-Abi-'l-Dj?d, qui ?tait sorti de Cairouan avec une troupe de Nefzaoua, afin d'intercepter sa retraite.

Ma?tres de Cairouan et de toute la province, les Ourfeddjouma y massacr?rent les [Arabes] coreichides, log?rent leurs montures dans la grande mosqu?e et accabl?rent les habitants de toute esp?ce d'outrage. Cette conduite scandaleuse des Ourfeddjouma et de leurs alli?s nefzaouiens excita, dans la province de Tripoli, l'indignation des Berb?res eibadites qui appartenaient aux tribus de Hoouara et de Zenata. Ils coururent aux armes, et ayant pris pour chef Abou-'l-Khattab-Abd-el-Ala-Ibn-es-Cheik-el-M?feri, ils march?rent sur Tripoli et en expuls?rent le gouverneur, Omar-Ibn-Othman, de la tribu de Coreich. Devenu maitre de cette ville, Abou-'l-Khattab r?unit tous les Zenata et Hoouara ?tablis dans la province et marcha sur Cairouan. Il s'en empara, l'an 141 (758-9), apr?s avoir tu? Ibn-Abi-'l-Dj?d et massacr? une foule d'Ourfeddjouma et de Nefzaoua.

Quelque temps apr?s, Abd-er-Rahman-Ibn-Rostem devint gouverneur de Cairouan. Il tirait son origine du c?l?bre Rostem qui avait command? l'arm?e persane ? la bataille de Cadic?a. D'abord n?ophyte des Arabes, il ?tait devenu, dans la suite, chef d'une de ces sectes h?r?tiques. Abou-'l-Khattab s'en retourna ? Tripoli, et comme le feu de la guerre s'?tait propag? dans tout le Maghreb, les Berb?res devinrent ma?tres d'une grande partie du pays.
En l?an 140 (727-8), les Sofrides de la tribu des Mikna?a se rassembl?rent dans le Maghreb-el-Acsa, sous les ordres d'E??a-Ibn-Yez?d-el-Asoued, et fond?rent la ville de Sidjilmessa pour leur servir de r?sidence.

Mohammed-Ibn-el-Ach?th, qu'Abou-Djafer-el-Mansour avait nomm? gouverneur de l'Ifr?k?a, se rendait ? sa destination quand il fut attaqu?, pr?s de Sort, par une arm?e berb?re sous les ordres d'Abou-'l-Khattab. A la suite de la victoire prompte et sanglante qu'il remporta sur ses adversaires, il for?a Ibn-Rostem ? s'enfuir de Cairouan. Ce chef courut jusqu'? Th?ert, dans le Maghreb central, et ayant rassembl? les Eibadites de plusieurs tribus berb?res telles que les Lema?a et les Louata, ainsi qu'un nombre consid?rable de guerriers nefzaouiens, il se fixa dans cette localit? et y b?tit la ville de Tehert-la-Neuve. Ceci eut lieu en l'an 144 (761-2)? ?


1. Ailleurs ce nom est ?crit Zoufi.
2. Dans les manuscrits et le texte imprim?, ce nom est ?crit (Lemis) ; il faut y supprimer un point [dans l??criture arabe] et lire (Lemb?s)
3. Les manuscrits et le texte imprim? portent Ca?s-Ibn-Zoheir.
4 L'orthographe de ces deux derniers noms est incertaine.
5. Le texte arabe imprim? porte par erreur Hoouara.
6. Selon un auteur cit? dans l'EI-Ba?an-el-Moghrib, Tarec lui-m?me ?tait berb?re et appartenait ? la tribu d'Oulha?a.
7, Les manuscrits et le texte imprim? portent Zeid. (Voyez ci-devant, page 28, note.)
8. Le texte arabe porte, par erreur, Abd.
9. II faut lire Omar.
10. Le texte arabe, d'accord avec les manuscrits, porte Sebs. Plus loin, dans le chapitre sur les Beni-Faten, on trouve la bonne le?on.
11. Abou-'l-Hareth-el-Leith-Ibn-S?d mourut au Vieux-Caire en 175 (791 de J.-C.). On le regarde comme le traditionniste le plus savant et le plus exact que l'?gypte ait poss?d?. Sa vie se trouve dans le premier volume d'Ibn-Khallikan. .
12. Le mot Ouz?doun est probablement la forme berb?re du pr?nom arabe Ibn-Zeidoun (fils de Zeidoun).


---------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Chapitre ? Domination Arabe ?, Pages 224-225 :

? ? En l'an 161 (777-8), quelque temps ?pres la mort de Yez?d et sous l'administration de son fils Dawoud, les Nefzaoua se r?volt?rent, et ayant ?lu pour chef un membre de leur tribu, le nomm? Saleh-Ibn-Noceir, ils somm?rent leurs voisins d'embrasser la doctrine des Eibadites. Dawoud envoya contre eux son cousin, Soleiman-Ibn-es-Somma, ? la t?te de dix mille hommes. Ce g?n?ral for?a les rebelles ? prendre la fuite et leur tua beaucoup de monde. Saleh ayant alors rappel? sous les drapeaux tous les Berb?res eibadites qui n'avaient pas assist? au premier soul?vement, les r?unit tous ? Sicca-Veneria, mais Soleiman remporta sur eux une nouvelle victoire et revint ensuite ? Cairouan.
Des ce moment, l'esprit d'h?r?sie et de r?volte qui avait si longtemps agit? les Berb?res de l'Ifr?k?a, se calma tout ? fait, et les nouveaut?s dangereuses dont ces peuples avaient fait profession disparurent bient?t pour ne laisser plus de trace.
En l'an 171 (787-8), Abd-el-Ouehhab-Ibn-Rostem, seigneur de T?hert, demanda la paix au gouverneur de Cairouan, Rouh, fils de Hatem, fils de Cab??a-el-Mohellebi. En accueillant cette proposition, Rouh porta le dernier coup ? la puissance des Berb?res et soumit enfin leurs c?urs ? l'empire de la vraie religion et ? l'autorit? arabe. L'islamisme prit alors chez eux une assiette ferme, et la domination des Arabes moderides les accabla de tout son poids.
En l'an 185 (801), Ibrahim-Ibn-el-Aghleb de la tribu de Tem?m fut nomm? gouverneur de l'Ifr?k?a et du Maghreb par Haroun-er-Rechid, et ?tant parvenu ? y raffermir son autorit?, il se d?voua au soin d'y faire fleurir la justice et de porter rem?de aux maux qui avaient afflig? le pays. Ayant r?ussi ? mettre d'accord tous les partis et ? gagner tous les c?urs, il finit par jouir d'une puissance absolue, sans encourir ni opposition ni haine. L'empire qu'il fonda devint l'h?ritage de ses enfants, et les provinces d'Ifr?k?a et de Maghreb se transmirent d'une g?n?ration de sa famille ? une autre jusqu'? ce que la domination arabe fut renvers?e en ces pays et que Ziadet-Allah, le dernier souverain de cette dynastie, s'enfuit en Orient, l'an 296 (908-9), devant les armes victorieuses de la tribu de Ketama. Ce peuple s'?tait r?volt? contre les Aghlebites en proclamant ouvertement son attachement aux principes chiites, doctrine qui avait ?t? introduite chez lui par Abou-Abd-Allah-el-Mohteceb, missionnaire d'Obeid-Allah-el-Mehdi.
Cette r?volution d?truisit pour toujours l'empire des Arabes en Ifrikia et mit les Ketama en possession de l'autorit? supr?me. Les Berb?res du Maghreb suivirent, plus tard, l'exemple de leurs voisins, et d?s lors l'influence exerc?e par les Arabes en Ifr?k?a et en Maghreb disparut pour toujours, avec le royaume qu'ils y avaient fond?. Le pouvoir passa entre les mains des Berb?res et se maintint tant?t dans l'une de leurs tribus, tant?t dans l'autre. Une partie de ce peuple reconnut l'autorit? des Ome?ades d'Espagne; une autre partie embrassa la cause des descendants de Hachem [grand-p?re de Mahomet], soit de ceux qui appartenaient ? la famille d'El-Abbas [les Abbacides], soit de ceux qui tiraient leur origine d'El-Hacen ou d'El-Hocein [les petits-fils de Mahomet]. Ensuite ces peuples finirent par se proclamer tout ? fait ind?pendants. Nous entrerons dans les d?tails de ces changements en retra?ant l'histoire des empires fond?s par les Zenata et les Berb?res? ?
-----------------------------------------------------------------------------------------------

Chapitre ? LES ZOUAOUA ET LES ZOUAGHA?, Pages 255-258 :


? ? Pendant toute la dur?e de la dynastie des Beni-Abd-el-Moumen, les Koum?a furent les principaux soutiens du tr?ne et le corps le plus important de l?empire; mais leurs forces ayant ?t? employ?es sans m?nagement, et leur cavalerie s'?tant ?puis?e ? faire des exp?ditions et des conqu?tes, ils finirent par succomber et dispara?tre.
Dans leur ancien territoire on trouve encore un d?bris de leur tribu et m?me un reste de la famille Abed; mais, r?duite maintenant au rang des tribus soumises ? l'imp?t, cette population doit supporter les taxes et les corv?es que les Zenata lui imposent; elle se laisse arracher le kharadj par la violence de ses oppresseurs, et elle subit maintenant la m?me honte, la m?me d?gradation qui ont accable leurs voisins, les Oulha?a.

NOTICE DES ZOUAOUA ET DES ZOUAGHA, BRANCHES DE LA TRIBU DE DAR?IA, PEUPLE BERB?RE DESCENDU D'EL ABTER.

Les Zouaoua elles Zouagha, tribus sorties de la souche berb?re d'Et-Abter, sont les enfants de Semgan, fils de Yahya, fils de Dari, fils de Zeddj?k [ou Zahh?k], fils de Madghis-el-Abter. De toutes les tribus berb?res, les parents les plus proches de celles-ci sont les Zenata, puisque Djana, l'anc?tre de ce peuple, fut fr?re de Semgan et fils de Yahya. C'est pour cette raison que les Zouaoua et les Zouagha se consid?rent comme li?s aux Zenata par le sang.
lbn-Hazm dit que la tribu des Zouaoua est une branche de celle de Ketama, mais les g?n?alogistes berb?res la comptent au nombre des familles qui tirent leur origine de Semgan, ainsi que nous venons de le rapporter. Nous devons cependant faire observer que la d?claration d'lbn-Hazm nous para?t avoir plus d'autorit? que la leur; d'ailleurs la proximit? du territoire des Zouaoua et celui des Ketama, ainsi que leur coop?ration avec cette tribu dans le but de soutenir la cause d'Obeid-Allah [fondateur de la dynastie fatemide], sont un fort t?moignage en faveur de cette opinion.
Selon les g?n?alogistes berb?res, les Zouaoua se partagent en plusieurs branches telles que les Medjesta, les Mel?kich, les Beni-Koufi, les Mecheddala, les Beni-Zer?cof, les Benit-Gouz?t, les Keresfina, les Ouzeldja, les Moudja, les Zeglaoua et les Beni-Meranal. Quelques personnes disent, et peut-?tre avec raison, que les Mel?kich appartiennent ? la race des Sanhadja. .
De nos jours, les tribus zoaviennes les plus marquantes sont les Beni-Idjer, les Beni-Manguellat, les Beni-Itroun2, les Beni-Yanni3, les Beni-bou-Ghardan, les Beni-Itourgh, les Beni-bou-You?of, les Beni-Cha?b, les Beni-E?ci, les Beni-Sadca, les Beni-Ghobr?n et les Beni-Guechtola.
Le territoire des Zouaoua est situ? dans la province de Bougie et s?pare le pays des Ketama de celui des Sanhadja. Ils habitent au milieu des pr?cipices form?s par des montagnes tellement ?lev?es que la vue en est ?blouie, et tellement bois?es qu'un voyageur ne saurait y trouver son chemin. C'est ainsi que les Beni-Ghobr?n habitent le Z?ri, montagne appel?e aussi Djebel-ez-Zan, ? cause de la grande quantit? de ch?nes-zan dont elle est couverte, et que les Beni-Feraou?en et les Beni-Iraten occupent celle qui est situ?e entre Bougie et Tedellis. Cette derni?re montagne est une de leurs retraites les plus difficiles ? aborder et les plus faciles ? d?fendre; de la, ils bravent la puissance du gouvernement [de Bougie], et ils ne paient l'imp?t qu'autant que cela leur convient. De nos jours ils se tiennent sur cette cime ?lev?e et d?fient les forces du sultan, bien qu'ils en reconnaissent cependant l'autorit?. Leur nom est m?me inscrit sur les registres de l'administration comme tribu soumise ? l'imp?t (kharadj).
Sous la dynastie sanhadjienne [des Zirides], ce peuple tenait un rang tr?s distingu?, tant en temps de guerre que pendant les intervalles de paix. II avait m?rit? cet honneur en se montrant l'alli? fid?le de la tribu de Ketama de puis le commencement de l'empire fatemide. Badis, fils d'El-Mansour, ?ta la vie ? leur chef Z?ri-Ibn-Adjana, l'ayant soup?onn? d'avoir entretenu des intelligences avec Hammad4.
Les descendants de Hammad b?tirent ensuite la ville de Bougie sur le territoire des Zouaoua et les oblig?rent ? faire leur soumission. Depuis ce temps, ils sont toujours rest?s dans l'ob?issance except? quand on leur r?clame le paiement de l'imp?t; alors seulement, ils se laissent aller ? la r?volte, ?tant bien assur?s que dans leurs montagnes ils n'ont rien ? craindre.
Les Beni-Iraten reconnaissent aux Beni-Abd-es-Samed, une de leurs familles, le droit de leur fournir des chefs. A l'?poque o? le sultan [m?rinide] Abou-'l-Hacen conquit le Maghreb central, ils eurent pour cheikh une femme appel?e Chimci. Elle appartenait ? la famille Abd-es-Samed et s'?tait assur? l'autorit? avec l'aide de ses fils, au nombre de dix.
En l'an 739 (1338-9) ou 740, Abou-Abd-er-Rahman-Yacoub, fils du sultan Abou-'l-Hacen s'enfuit de Met?dja o? son p?re ?tait camp?, mais il y fut ramen? par des cavaliers envoy?s ? sa poursuite. Son p?re le mit aux arr?ts, et quelque temps apr?s, il le fit mourir, ainsi que nous le raconterons dans l'histoire de la dynastie m?rinide. Ce fut alors qu'un boucher, officier de la cuisine du sultan, passa chez les Iraten et se donna pour le prince Abou-Abd-er-Rahman auquel il ressemblait beaucoup. Chimci s'empressa de lui accorder sa protection et engagea toute la tribu ? reconnaitre l'autorit? du pr?tendant et ? le seconder contre le sultan. Alors ce dernier offrit des sommes consid?rables aux fils de Chimci et aux gens de la tribu, afin de se faire livrer l'aventurier. Chimci rejeta d'abord cette proposition, mais ayant ensuite d?couvert qu'elle avait donn? son appui ? un imposteur, elle lui retira sa protection et le renvoya dans le pays qu'occup?rent les Arabes. Ensuite elle alla se pr?senter devant le sultan avec une d?putation compos?e de quelques-uns de ses fils et de plusieurs notables de sa tribu. Le monarque m?rinide lui fit l'accueil le plus honorable, et l'ayant combl?e de dons ainsi que les personnes qui l'avaient accompagn?e, il les renvoya tous chez eux. La famille d'Abd-es-Samed conserve encore le commandement de la tribu.
Quant aux Zouagha, nous n'avons rien appris de leur histoire, pas m?me assez pour nous obliger ? prendre la plume. Ils forment trois tribus : les enfants de Demmer, fils de Zouagh, les enfants de Ouat?l, fils de Zeddj?k, et les enfants de Makher5, fils de Tiffoun, fils de Zouagh. Les Beni-Semgan, branche des Demmer, vivent dispers?s parmi les autres tribus, et il s'en trouve m?me dans diverses localit?s de la province de Tripoli o? ils occupent la montagne qui porte le nom de Demmer. Aux environs de Constantine on trouve une fraction des Zouagha, et dans les montagnes du Chelif on rencontre des Beni-Ouat?l. II y en a encore dans le voisinage de Fez6.





HISTOIRE DES MIKNA?A ET DE TOUTES LES AUTRES BRANCHES DE LA TRIBU D'OURST?F. - ORIGINE ET VICISSITUDES DE LEUR AUTORIT? DANS LE MAGHREB.

Les enfants d'Ourst?f [Ouresett?f], fils de Yahya et fr?re de Djana et de Semgan, forment trois tribus : les Mikna?a, les Ourtnadja et les Augna7 appel?s aussi Megna. Les Ourtnadja se partagent en quatre branches: les Sederdja, les Mekceta, les Betal?a et les Kern?ta. A celles-ci Sabec et les g?n?alogistes de son ?cole ajoutent les Henata et les Foulala. Ils comptent aussi au nombre des familles issues de Megna les Beni-Isliten, lesBeni-Toulal?n8, les Beni-Ter?n, les Beni-Djerten9 et les Beni-Foughal. Selon les m?mes autorit?s, les Mikna?a se composent de plusieurs tribus, telles que les Soulat, les Beni-Hoouat, les ? ?

1. Il est probable que la plupart de ces noms sont alt?r?s.
2. Variante: Letrouz.
3. Variantes : Mani, Babi. La bonne le?on est Yanni.
4. On trouvera plus loin une notice sur Hammad et ses successeurs.
5. Un des manuscrits porte Mahen.
6. Imm?diatement avant les chapitres sur les Sanhadja, l'auteur a ins?r? une note suppl?mentaire sur les Zouaoua.
7. Le texte imprim? et les manuscrits portent Okta. Cette mauvaise le?on emp?cha le traducteur de reconna?tre l'identit? des Augna et des Megguen, ou Megna. (Voy. ci-devant, page 172.)
8. Variante : Boulal?n. La bonne le?on est incertaine.
9. Variante de la page 173 : Djer?n.


---------------------------------------------------------------------------------------------------
Chapitre ? LES AUR?BA?, Pages 286-290 :

NOTICE DES AUR?BA, TRIBU BERB?RE; DESCENDUE DE BERN?S. HISTOIRE DE SES APOSTASIES, SES R?VOLTES ET SON SOUL?VEMENT EN FAVEUR D'IDRIS L'ANCIEN


? Parmi les tribus berb?res les plus remarquables par leur nombre et leur puissance ? l'?poque de la conqu?te musulmane, on distingue les Aur?ba, les Hoouara, les Sanhadja et les Ketama, tous descendants de Bern?s, et les Nefou?a, les Zenata, les Matghara et les Nefzaoua, peuples qui tirent leur origine d'El-Abter. A cette ?poque, les Aur?ba occup?rent le premier rang parmi les tribus berb?res, honneur qu'ils devaient ? leur force num?rique et ? leur bravoure. Descendus d'Aureb, fils de Bern?s, ils se partag?rent en plusieurs branches, telles que les Lodja?a, les Anfa?a, les N?dja, les Zehkoudja, les Mezyata, les Regh?oua et les D?cou?a.
Dans les temps qui pr?c?d?rent imm?diatement la conqu?te, ils eurent pour ?mir Sekerd?d-Ibn-Zoufi-lbn-Barezt- Ibn-Bezr?at. Ce chef les gouverna pendant soixante-treize ans et mourut en 71 de l'h?gire (690 de J.-C.), apr?s avoir vu les arm?es de l'islamisme envahir son pays. Il eut pour successeur Koceila-Ibn-Lemezm-el-Aur?bi, lequel fut aussi chef de toutes les autres tribus descendues de Bern?s. En l'an 55 (675), pendant qu'Abou-?l-Mohadjer se trouvait ? Tlemcen, Koceila s'?tait r?volt? et occupait le Maghreb-el-Acsa avec ses Aur?ba et d'autres tribus. Vaincu par Abou-?l-Mohadjer, il embrassa l'islam pour ?viter la mort, et il m?rita, par sa conversion, la bienveillance de cet ?mir dont il devint l'ami et le compagnon. En l'an 62 (681-2), sous le khalifat de Yez?d, Ocba vint prendre, pour la seconde fois, le commandement de l'Ifr?k?a. A peine arriv?, il t?moigna une grande antipathie pour Koceila ? cause de l'amiti? que ce chef portait ? Abou-'l-Mohadjer. Celui-ci essaya, mais inutilement, d'obtenir pour son prot?g? la bienveillance du nouveau gouverneur. Ocba se mit alors en marche pour le Maghreb, pr?c?de d'une avant-garde sous les ordres de Zoheir-Ibn-Ca?s-el-Beloui. Dans cette exp?dition, il d?fit les princes berb?res qui, soutenus par les Francs, lui avaient livr? bataille dans le Zab et ? T?hert. Apr?s avoir abandonn? au pillage les biens des vaincus, il re?ut la soumission de Yul?an [le comte Julien], ?mir [du pays] des Ghomara, qui s'?tait pr?sent? devant lui avec un riche cadeau. Yul?an lui indiqua les endroits faibles du pays occup? par les Berb?res et le dirigea vers la r?gion qui s'?tend depuis Oul?li jusqu'au Sous, ainsi que vers les contr?es encore plus ?loign?es o? les peuples porteurs de voile s'adonnaient ? la vie nomade. Apr?s y avoir fait beaucoup de butin et de prisonniers, Ocba poussa jusqu'au bord de la mer et revint ensuite, toujours victorieux. Pendant cette exp?dition, il ne cessa de t?moigner un profond m?pris pour Koceila qu'il retenait prisonnier aupr?s de lui, et, un jour, il lui ordonna d'?corcher un mouton devant lui. Koceila voulut confier cette tache d?gradante ? un de ses domestiques, mais forc? par Ocba de s'en charger lui-m?me et vivement bless? par les paroles insultantes de ce chef, il se leva en col?re et commen?a l'op?ration. Chaque fois qu'il retirait sa main du corps de l'animal, il l?a passa sur sa barbe et, interrog? par les Arabes au sujet de ce geste, il r?pondit : ? Cela fait du bien aux poils. ? Un de leurs vieillards, qui entendit ces paroles, les avertit que c'?tait une menace de la part du Berb?re. Abou-'l-Mohadjer ayant su ce qui venait de se passer, pria Ocba de laisser le prisonnier tranquille: ? Le Proph?te de Dieu, ajouta-t-il, chercha ? se concilier les puissants d'entre les Arabes, tandis que toi, tu prends plaisir ? indisposer le c?ur d'un homme qui tient un haut rang parmi son peuple et qui se trouve actuellement sur les lieux o? il d?ployait nagu?re une grande autorit?, ? l'?poque o? il ?tait infid?le. Je te conseille maintenant de bien t'assurer de sa personne et d'?tre en garde contre lui. ? Ocba ne fit aucune attention ? ce discours et, parvenu ? Tobna, il renvoya ses troupes, par d?tachements, ? Cairouan; tant il croyait avoir effectu? la conqu?te du pays et la soumission des Berb?res. Rest? ? la t?te d'un petit corps de guerriers, il se mit en marche pour Tehouda, ou pour Badis, afin d'y ?tablir une garnison. Les Francs s'aper?urent de son imprudence et form?rent le projet de le surprendre. Koceila apprit leur intention par un message qu'ils lui firent parvenir, et il profita d'une occasion favorable pour en faire avertir ses parents et leurs alli?s berb?res.
Arriv? aux environs de Tehouda, Ocba se vit attaquer ? l'improviste par les Berb?res qui le suivaient depuis quelque temps. Ses troupes mirent pied ? terre, d?gain?rent leurs ?p?es et en bris?rent les fourreaux [dont ils sentaient bien qu'ils n'auraient plus besoin]; un combat acharn? s'ensuivit et Ocba y succomba avec tous les siens ; pas un seul n'?chappa ? la mort1. Ils ?taient environ trois cents individus, les uns anciens compagnons de Mahomet, les autres disciples de ceux-ci. Tous trouv?rent le martyre sur un m?me champ de carnage. Abou-'l-Mohadjer, qu'Ocba avait gard? aux arr?ts jusqu'alors et qui ce jour-l? d?ploya la plus grande bravoure, resta parmi les morts. Les tombeaux d'Ocba et de ses compagnons, ces g?n?reux martyrs de la foi, se voient encore dans le Zab, au lieu m?me o? ils perdirent la vie. Le corps d'Ocba repose dans une tombe enduite de pl?tre, sur laquelle on a ?rig? une mosqu?e. Cet ?difice s'appelle la Mosqu?e d'Ocba, et forme un but de p?lerinage, un lieu saint dont la visite est cens?e attirer la b?n?diction divine2. J'ose m?me dire que, de tous les cimeti?res du monde vers lesquels les hommes d?vots dirigent leurs pas, celui-ci est le plus illustre par le nombre et la qualit? des martyrs qu'il renferme. Personne depuis lors ne s'est jamais acquis m?me la moiti? des m?rites qui distingu?rent chaque individu de ces Compagnons et Tabi?s. Le petit nombre de prisonniers faits dans cette journ?e et parmi lesquels se trouv?rent deux compagnons de Mahomet, les nomm?s Yez?d-Ibn-Khalef-el-Ca?ci et Mohammed-Ibn-Owa?s-el-Ansari, furent rachet?s par Ibn-Mesad, seigneur de Cafsa. Quand la nouvelle de ce d?sastre parvint ? Cairouan, Zoheir-Ibn-Ca?s-el-Beloui quitta la ville pr?cipitamment avec les d?bris de l'arm?e musul mane, et s'enfuit ? Barca pour y attendre l'arriv?e des renforts qu'il esp?rait obtenir du khalife. Tous les peuples du Maghreb, tant Francs que Berb?res, se joignirent alors aux bandes Koceila et march
mbibany
 
Messages: 695
Inscription: Jeu Mai 26, 2005 08:37

Traduction/ Suite

Messagede mbibany » Jeu Déc 28, 2006 08:23

Tous les peuples du Maghreb, tant Francs que Berb?res, se joignirent alors aux bandes Koceila et march?rent sur Cairouan. A leur approche, les Arabes ?vacu?rent la ville pour se rendre aupr?s de Zoheir, mais ceux qui avaient des enfants ou des bagages se trouv?rent dans la n?cessite d'y rester. Koceila leur accorda sa protection et fit son entr?e ? Cairouan o? il continua, pendant cinq ans, ? gouverner l'Ifr?k?a et les Arabes qui ?taient rest?s dans le pays. Sur ces entrefaites eurent lieu la mort du khalife Yez?d-Ibn-Moaou?a, la bataille de Merdj-Rahet3 entre les Om??ades et Ed-Dahhak-lbn-Ca?s, et les troubles suscit?s par la famille d'Ez-Zobeir4. L'autorit? du khalifat en fut sensiblement ?branl?e; aussi le feu de la guerre se propagea dans le Maghreb et l'apostasie fut g?n?rale parmi les Zenata et les tribus descendues de Bern?s. L'av?nement d'Abd-el-Melek, fils de Merouan, mit un terme aux insurrections dont l'Orient avait ?t? le th??tre, et Zoheir-lbn-Ca?s, qui ?tait toujours ? Barca, re?ut enfin l'ordre d'attaquer les Berb?res et de venger la mort d'Ocba.

En l?an 67 (686-7) il re?ut des renforts du khalife et se mit en marche avec une arm?e de plusieurs milliers d'Arabes. Les Berb?res, sous les ordres de Koceila, lui livr?rent bataille ? Mems, dans la province de Cairouan. Des deux c?t?s l'on soutint le combat avec un ?gal acharnement, mais enfin la mort de Koceila et d'une foule de Berb?res d?cida le reste des insurg?s ? prendre la fuite. Les Arabes les poursuivirent jusqu'? Mermadjenna et de l? au Molou?a, domptant partout l'audace des indig?nes el les for?ant ? s'enfermer dans leurs ch?teaux et leurs forteresses. Les Aur?ba, dont cette campagne avait bris? la puissance, all?rent tous se fixer dans le Maghreb-el-Acsa, et [pendant quelque temps] ils ne firent plus parler d'eux. Arriv?s dans ce pays, ils occup?rent Oul?li, ville qui s??levait sur le flanc da mont Zerhoun, et ils continu?rent ? y faire leur s?jour. La montagne que nous venons de nommer est situ?e entre Fez et Mikna?a [Mequinez]. D'autres exp?ditions partirent successivement de Cairouan et r?ussirent enfin ? soumettre tout le pays.
En l?an 145 (762-3), Mohammed, fils d'Abd-Allah, fils de Hacen, fils d'El-Hacen [petit-fils de Mahomet], perdit la vie ? M?dine apr?s avoir pris les armes contre [le khalife abbacide] El-Mansour; ensuite, en l?an 169 (785-6), sous le r?gne d'El-Hadi, un cousin du pr?c?dent, le nomm? Hocein, fils d'Ali, fils de Hacen III5, fils de Hacen II, fils d'El-Hacen, petit-fils6 de Mahomet, se r?volta aussi et trouva la mort ? Fakh, endroit situ? ? trois milles de la Mecque. Un grand nombre de ses parents p?rirent avec lui, mais son oncle Idr?s, fils d'Abd-Allah, parvint ? gagner le Maghreb et ? se mettre, en l'an 112 (788-9), sous la protection d'Abou-Leila-Ishac-Ibn-Mohammed-Ibn-Abd-el-Ham?d, commandant des Aur?ba et membre de cette tribu. Sur l'invitation de ce chef, les Zouagha, les Louata, les Sedrata, les Gha?atha, les Nefza, les Mikna?a, les Ghomara et les autres tribus du Maghreb pr?t?rent le serment de fid?lit? au prince r?fugi? et prirent l?engagement de le soutenir. De cette mani?re Idr?s se trouva plac? ? la t?te d'un empire. L'autorit? souveraine demeura dans sa famille jusqu'? la chute de leur dynastie. Nous avons racont? ces derniers ?v?nements dans notre notice sur les dynasties fatemides 7.


1. Quelques-uns furent faits prisonniers ; notre auteur le dit lui-m?me un peu plus loin.
2. Ce tombeau se voit encore dans la mosqu?e de l'oasis de Sidi-Ocba, ? quatre lieues de Biskera. Il porte, en caract?res coufiques, l'inscription suivante: Hada cabr Ocba-Ibn-Naf? (ceci est le tombeau d'Ocba, fils de Naf?)
3. En l'an 64 de l'h?gire (683), apr?s la mort de Moaou?a-Ibn-Yez?d, troisi?me khalife om??ade, les partisans de cette dynastie et les Arabes y?m?nites reconnurent pour khalife Merouan-Ibn-el-Hakem, mais les Arabes ca?cides et leur chef Ed-Dahhak-Ibn-Ca?s proclam?rent le khalifat d'Abd-Allah-Ibn-ez-Zobeir. Les deux partis en vinrent aux mains ? Merdj-Rahet, pr?s de Damas, et, ? la suite d'une bataille sanglante qui couta la vie ? Ed-Dahhak, les d?bris de l'arm?e ca?cide prirent la fuite. Cette victoire rendit Merouan maitre de la Syrie.
4. M. Quatrem?re a publi? dans le Journal asiatique une notice tr?s remarquable sur Abd-Allah-Ibn-ez-Zobeir.
5. La plupart des historiens, arabes ne font aucune mention de Hacen III
6. Le mot rendu ici par petit-fils est sibt, qui signifie, plus exactement, le petit-fils n? de la fille. On d?signe le petit-fils n? du fils par le
mot haf?d.
7. L'histoire des Idr?cides forme un des appendices du second volume de cette traduction.

--------------------------------------------------------------------------------------------------

Chapitre ? LES ZOUAOUA?, Pages 298-299 :

NOTE SUPPL?MENTAlRE SUR LES ZOUAOUA, BRANCHE DE LA TRIBU DE KETAMA.


? Les Zouaoua, grande tribu berb?re, habitent, comme on le sait, les montagnes et les collines escarp?es qui s'?tendent depuis les alentours de Bougie jusqu'? Tedellis. Ils se partagent en plusieurs branches et occupent un territoire qui avoisine celui des Ketama. La v?ritable origine des Zouaoua n'est connue que d'un petit nombre de personnes: la plupart des g?n?alogistes berb?res les font descendre de Semgan-Ibn-Yahya-Ibn-Dar?s, les repr?sentant ainsi comme fr?res des Zouagha; mais les g?n?alogistes les plus exacts, tels qu'Ibn-Hazm, les comptent au nombre des peuples ketamiens. Cette opinion est plus conforme ? la v?rit? que la pr?c?dente et la localit? occup?e par les Zouaoua en est la preuve; car, autrement, on ne saurait expliquer pourquoi ils se trouvent ?tablis sur le territoire des Ketama, bien loin de Tripoli el du Maghreb-el-Acsa, provinces o? les Zouagha font leur demeure. L'erreur que l'on a commise en ne leur reconnaissant pas une origine ketamienne provient, sans aucun doute, de la ressemblance qui existe entre leur nom et celui des Zouaoua, fr?res des Zouagha : quelque lecteur, ayant pris le second z du mot Zouaza pour un ou, aura dit que les Zouaoua et les Zouagha sont fr?res. Cette faute d'orthographe n'ayant pas ?t? relev?e, on aura fini par regarder Semgan comme p?re des Zouaoua et des Zouagha. Dans notre notice sur ces derniers, nous avons parl? des Zouaoua et fait l'?num?ration de leurs tribus. ?


FIN DU TOME PREMIER.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------
mbibany
 
Messages: 695
Inscription: Jeu Mai 26, 2005 08:37


Retourner vers Traductions

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron