“Zawrara”, ou chant des olives

(Isefra)

Modérateur: amdyaz

“Zawrara”, ou chant des olives

Messagede mbibany » Ven Fév 10, 2006 14:52

La “Zawrara”, ou chant des olives



Lorsque la période de cueillette d’olives arrivait. Les ménages automatiquement, se rendaient aux oliveraies. Et comme cueillir n’est pas un travail de tout repos, les femmes et surtout les vieilles entonnaient des chants afin de se décrisper et joindre l’utile à l’agréable.

Les strophes sont chantées à haute voix. L’alto et la soprano se “marieaint” pour créer une voix unique, suave. Les vers, rimés, bien ciselé et désopilants pour quelques passages, “trinquaient” avec les monts dans un retour d’écho envoûtant.

Jadis, au temps où les Kabyles vivaient exclusivement de l’agriculture, des rites et traditions accompagnant les différentes activités, étaient très ancrés dans leur mœurs. Le travail était laborieux et demandait certainement des efforts de titans, et toute complexion ne répondant pas aux “exigences” des besognes, comme la force et l’agilité, est “priée” de prendre l’ombre d’un arbre ou d’un mur. Et afin d’alléger “les corvées”, car il fallait labourer, bêcher, creuser etc pour survivre, nos aïeuls et aïeules surtout, toutefois loin de toute ambition de devenir chanteurs et chanteuses, déployaient leurs cordes vocales et entonnaient des chants (cantiques, jubilaires, laudateurs…) dans leurs champs. Ce fut une manière kayblie de vivre.

Parmi ces traditions séculaires, figurait la “zawrara”. Lorsque la période de cueillette d’olives arrivait. Les ménages automatiquement, se rendaient aux oliveraies. Et comme cueillir n’est pas un travail de tout repos, les femmes et surtout les vieilles entonnaient des chants afin de se décrisper et joindre l’utile à l’agréable. Les strophes sont chantées à voix haute. L’alto et la soprano se “marieaint” pour créer une voix unique, suave. Les vers, rimés, bien ciselé et désopilants pour quelques passages, “trinquaient” avec les monts dans un retour d’écho envoûtant.

Les mots étaient simples, représentant les gestes de tous les jours. Le “visage” du texte était si doux, reflétant la force forgée par la nature à travers le lien “charnel” entre celle-ci et le paysan kabyle.

L’on imagine l’ambiance d’alors, avec ces voix qu’entrecoupaient légèrement les gestes des mains qui gaulaient ou qui glanaient et le tout “baignaient” dans les rires et la convivialité laquelle laissait transparaître l’ingénuité et la candeur qui caractérisaient les gens de cette époque là.

Texte de la “Zawrara” :

Tekkat el gara / Tekkat f-inujal.

A vav g-uhriq / El Qahwa d’-ufenjal.

Tekkat el gara / tekkat-f-uzebbuj.

A vav g-ubriq / Laâyun uferruj

A wagi izegwin / Yaâtih saha.

Ledraâ g-izem / D Mmi-s t’sedda

Ahaw a w’ladi / kemelt-agh tirni

El hal d laâcha / Rebbi akwen ihenni

El âaslama nwen / Ay at isgharen

Anda it jjam / M-tawragh idarren

El aâslama nwen / Ay at uzemmur

Anida it jjam / M-tawraght g-umzur

Atsaya t tseddud / Lemlah ijebbud

Axelxal deg dar / Achembir ichud

Ay imelqaden / d acu id quren ?

D-adajin yerghan / tehan-t yemgharen.


Traduction :

La pluie tombe / Elle tombe sur les ronces.

Ô propriétaire du champ / le café et la tasse.

La pluie tombe / Elle tombe sur l’olivier.

Ô propriétaire du champ / Les sourcils du perdreau.

A celui qui gaule / Grâce lui est rendue.

“Bras” du lion / Fils de lionne.

Allez-y mes camarades / Finissez les rangées.

Il fait nuit déjà / Que Dieu vous allège le fardeau.

Soyez les bienvenus / Ô ceux du bois.

Où avez-vous laissé / Celle aux pieds livides.

Soyez les bienvenus / Ô ceux de l’olive.

Où avez-vous laissé / Celle aux cheveux blonds.

Elle arrive / Le sel aussi

“L’Akhelkhal” (bracelet au pied) / “L’achembir” noué.

Ô cueilleurs ! /Que dit-on ?

C’est le chaud tadjine / Que les vieux ont mangé.

(chaud tadjine : hot-dog kabyle ?).

Ces strophes ne sont pas exhaustives, la “zawrara” est en fait plus longue.

Cette tradition a complètement disparu de nos jours.

Tous ceux qui se rendent dans les oliveraies, n’écoutent plus ces chants qui se sont tus il y a de cela des décennies. Un pan de la culture kabyle s’est calciné sur le bûcher de l’oubli.

Une autre coutume est pratiquée lors de la cueillette d’olives et qui n’est plus pérennisée aujourd’hui. Il s’agit de “Tiwizi” (l’entraide), ce mot vient du verbe “Awès” (aider). Lorsqu’une famille termine la cueillette de ses olives, elle prête main forte aux voisins ou aux amis, qui n’ont pas encore terminé. Une manière fort symbolique de souder et de forger des liens inaltérables et fraternels, loin de tout calcul malsain et de tout égocentrisme. “Tiwizi” à notre époque est oblitéré même du jargon des cueilleurs.

Source: La dépêche de kabylie Edition du 22/01/2006
mbibany
 
Messages: 695
Inscription: Jeu Mai 26, 2005 08:37

LE CHANT DES OLIVES

Messagede A.AMAROUCHE » Mar Aoû 15, 2006 09:40

Azul mbibany,

Merci d'avoir publier ce beau poeme qui retrace la vie en kabylie.je l'ai modifie legerement en francais pour lui donner plus d'amour poetique et de facilite de comprehension pour nos lecteurs amazighophones.
j'espere qu'il te plaira.Tanemirth

LE CHANT DES OLIVES

La pluie tombe / Elle tombe sur les ronces.
Ô propriétaire du champ / le café est en abondance

La pluie tombe / Elle tombe sur l’olivier.
Ô propriétaire du champ / Les sourcils de l'épervier

A celui qui gaule / Grâce lui est donnée.
“Bras” du lion / Fils de lionne, adoré.

Allez-y mes camarades / Finissez les rangées.
Il fait nuit déjà / Que Dieu vous allège la responsabilité.

Soyez les bienvenus / Ô ceux du bois.
Où avez-vous laissé / Celle aux pieds flamboies?

Soyez les bienvenus / Ô ceux de l’olive noire
Où avez-vous laissé / Celle aux cheveux noirs?

Elle arrive / Le sel également
“L’Akhelkhal /“L’achembir”noué moulant

Ô cueilleurs ! /Que dit-on ?
C’est le chaud tadjine / Que les vieux ont mangé durant.


(chaud tadjine : (hot-dog kabyle ).
“L’Akhelkhal” (bracelet au pied)
“L’achembir” (gros ceinturant)
A.AMAROUCHE
 


Retourner vers Poesie

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 1 invité

cron