TIPAZA

Cherchell.

Modérateur: mbibany

TIPAZA

Messagede mbibany » Mar Nov 21, 2006 13:14

Tipaza

Par M. A. Haddadou




Tipaza se trouve ? 69 km ? l?ouest d?Alger, ? l?extr?mit? des collines du Sahel, au pied du massif du Chenoua. Bien abrit? par cette montagne, le site de Tipaza est prot?g? des vents.

On comprend que les Ph?niciens, sur la route des Colonnes d?Hercule (Gibraltar), l?aient choisi d?abord pour faire des haltes et s?approvisionner en eau potable, ensuite pour y fonder un comptoir, c'est-?-dire un ?tablissement permanent, avec des b?timents et surtout un personnel, militaire ou civil, charg? de son entretien.


Du c?t? des terres aussi, Tipaza occupe une position privil?gi?e, puisqu?elle est au carrefour des voies Est-Ouest.
Si ? ses d?buts la cit? s?est surtout d?velopp?e sur le promontoire ? donc ? proximit? de la mer ? elle s?est, sous les Romains, ?tendue aux collines voisines : c?est un signe de l?importance croissante qu?elle a prise au cours des si?cles, aussi bien sous les Ph?niciens que sous les Numides, puis, ? l??poque de l?annexion, sous les Romains.

C?est avec ces derniers qu?elle a connu son apog?e, ainsi qu?en t?moignent les ruines, qui s??tendent sur une large superficie, mais ces ruines ne doivent pas faire oublier celles des autres civilisations, notamment l?autochtone Mausol?e royal de Maur?tanie, non loin de Tipaza, est l? pour le rappeler.



En fait, le site de Tipaza a ?t? occup? d?s la pr?histoire.
Au lieudit Falaises rouges, dans la r?gion de A?n Tagoura?t, on a d?couvert, au cours de fouilles men?es par F. E. Roubet, des traces d?industrie qu?une datation au carbone 14 fait remonter ? environ 30 000 avant J.-C.

A l?est, c?est le gisement de Kouali, fouill? ? partir de 1947 par des chercheurs am?ricains et qui, lui aussi, a r?v?l? d?importants vestiges.
On a d?couvert dans la grotte de Rassel des restes d?animaux, consomm?s par les habitants des lieux, les Ib?romaurusiens, du gibier provenant de la montagne, mais aussi des escargots, des patelles, des moules, c'est-?-dire des produits de la mer.

C. Brahimi, qui a coordonn? les fouilles, ?crit ? ce propos : ?Il y a l?, peut-?tre, le t?moignage d?un mode de vie ayant atteint une sorte d??quilibre, combinant les ressources cyn?g?tiques et celles de la mer.?

On a ?galement d?couvert, dans la grotte de Rassel, un squelette dont les incisives ont ?t? enlev?es : ce rite, courant durant le n?olithique, a fait remonter ces restes humains ? cette p?riode que les sp?cialistes situent entre 4 500 et 5 500 avant J.-C.

Signalons pour finir que c?est ? Tipaza, au Chenoua, qu?a ?t? d?couvert l?objet de bronze ? un couteau ? qui prouve la r?alit? d?un ?ge du bronze au Maghreb, r?alit? ni?e par certains auteurs.



Ce n?est donc pas une r?gion vide que les Ph?niciens ont trouv?e en s?installant ? Tipaza.

On peut supposer que, comme ? Carthage, ils ont n?goci?, avec les populations berb?res qui habitaient les lieux, les conditions de la fondation d?un comptoir, ce qui leur permettait de vivre en paix et surtout de commercer.

C?est peut-?tre ? Tipaza qu?H?rodote, au Ve si?cle avant J.-C., fait allusion quand il ?voque que le troc qui se pratiquait au-del? des colonnes d?Hercule (le d?troit de Gibraltar) entre les Carthaginois, descendants des Ph?niciens, et les Berb?res. ?Sur un endroit habit? qu?ils abordent, ils d?barquent leurs marchandises qu?ils ?talent sur la gr?ve, regagnent leurs navires et signalent leur pr?sence par une colonne de fum?e.

Les indig?nes, qui voient la fum?e, viennent au rivage, d?posent sur le sable de l?or pour payer les marchandises et se retirent ; les Carthaginois descendent pour examiner leur offre ; s?ils jugent leur cargaison bien pay?e, ils ramassent l?or et s?en vont, sinon, ils regagnent leurs navires et attendent.

Les indig?nes reviennent et ajoutent et ajoutent de l?or ? la somme qu?ils ont d?pos?e jusqu?? ce que les marchands soient satisfaits.?

En fait, les contacts entre les Carthaginois et les Berb?res devaient ?tre plus directs que ne les d?crit H?rodote.

?Il ?tait n?cessaire aux Ph?niciens, ?crit S. Gsell, d?entretenir de bonnes relations avec les indig?nes qui alimentaient leur commerce et pouvaient leur fournir une main-d??uvre robuste et peu co?teuse.

Ils en accueillirent aussi un certain nombre dans leurs murs.?

On ignore combien de temps les Ph?niciens (ou les Carthaginois) sont rest?s ? Tipaza.
Leur pr?sence a d? ?tre longue, mais, paradoxalement, les vestiges de leur domination ne sont pas tr?s nombreux : un caveau de forme cubique, pench? derri?re le mur de la jet?e du port de Tipaza, une n?cropole ? l?est du port et une autre ? l?ouest.

L?existence de n?cropoles est, comme l?ont suppos? certains historiens, que Tipaza n??tait pas un simple comptoir, un lieu de passage, mais une ville d?une certaine importance.

S. Lancel pense que cette cit? a ?t? d?abord plac?e sous la tutelle de Carthage, puis int?gr?e dans les royaumes numides de Syphax puis de Massinissa pour former, avec Iol (Cherchell) et d?autres villes le noyau des royaumes maur?taniens.
Le Tombeau royal de Maur?tanie est sans doute l??uvre d?un de ces royaumes.


Apr?s avoir vaincu Juba II, Octave a enlev? son fils Juba, l?a fait ?lever ? Rome puis, devenu Auguste, il l?a plac? sur le tr?ne de Maur?tanie.
Roi vassal, mais esprit ?clair?, Juba a fait de Tipaza un prolongement de sa capitale, Iol, la couvrant ?galement de beaux monuments inspir?s de Rome et de la Gr?ce (voir Cherchell).

Son fils et successeur, Ptol?m?e, ?tait dispos? ? suivre la politique de son p?re, mais il a ?t? assassin? ? l?instigation de Caligula, qui va annexer le royaume.

La Maur?tanie est alors divis?e en deux : la Maur?tanie c?sarienne, avec pour capitale Iol et la Maur?tanie tingitane, ? l?ouest du fleuve Moulouya, avec comme capitale Tingi (Tanger).
Tipaza faisait partie de la Maur?tanie c?sarienne, avec le statut de colonie de droit latin o? les pr?rogatives rattach?es ? la citoyennet? romaine n??taient accord?s qu?aux magistrats municipaux et ? leurs descendants.


C?est au IIe si?cle de l??re chr?tienne que la cit? est promue au rang de colonie, devenant Colonia Aelia Tipasensis, les droits des citoyens romains ?tant d?sormais accord?s ? tous les habitants libres. C?est de cette ?poque que date l?expansion de Tipaza et son essor.

De nouveaux quartiers sont construits, la ville est couverte de monuments. La place publique est agrandie, des temples, des thermes sont ajout?s.
Au d?but du IIIe si?cle, le christianisme se r?pand ? Tipaza.

Comme ailleurs dans l?Empire, les chr?tiens sont pers?cut?s, notamment sous les r?gnes de D?ce (250-253), de Val?rien (253-260) et de Diocl?tien (295-304).
Il faut attendre le d?but du IVe si?cle pour voir le culte chr?tien tol?r?, avec l?empereur Constantin qui va se convertir et faire, peu ? peu, de la religion chr?tienne, la religion officielle de l?Empire.

C?est ? cette ?poque pourtant que Tipaza offrira ? la foi chr?tienne l?un de ses plus grands martyrs, Sainte Salsa, une jeune fille pr?cipit? dans la mer par les pa?ens, et ? laquelle ses coreligionnaires b?tiront une basilique, ? l?emplacement de sa tombe, basilique dont il reste encore aujourd?hui des vestiges.
A cette ?poque ?galement, Tipaza conna?t des troubles, cons?cutifs au schisme donatiste et ? la guerre des circoncellions.

En 371, le prince berb?re Firmus, de la tribu des Jhubaleni, en Kabylie orientale, se r?volte contre les Romains. Il s?empare de C?sar?e (Cherchell), capitale de la Maur?tanie c?sarienne et d?Icosium (Alger), mais il ?choue devant Tipaza qu?il assi?ge sans succ?s pendant huit jours.

Sous le court r?gne de Julien l?Apostat, en 362, le paganisme est r?tabli.
Les apostasies sont telles ? Tipaza que des ?v?ques de Numidie doivent se rendre dans la ville pour reconvertir les habitants.

Cela provoque des troubles et m?me des massacres.
Cependant, malgr? ces troubles, Tipaza continue ? se d?velopper : la ville se couvre de nouvelles constructions et le port re?oit de nombreux navires.

Cependant, l?invasion vandale, qui se produit dans la premi?re moiti? du Ve si?cle, va ruiner ces efforts.
Les villes des deux Maur?tanies, puis de la Numidie et ? la fin la Proconsulaire sont occup?es et pill?es.

L?empereur Valentinien parvient ? r?cup?rer, par le trait? de 439, les Maur?tanies, mais ? sa mort, en 455, les Vandales les reprennent.

Tipaza est de nouveau occup?e, sa muraille est abattue pour lui ?ter toute vell?it? de r?sistance.

Les Vandales, qui ?taient aryens, un courant religieux consid?r? comme h?r?tique depuis le concile de Nic?e (325) s?opposaient au catholicisme : ? Tipaza, ils ont voulu convertir de force les habitants ? leur foi, ce qui a provoqu? un exode massif vers l?Espagne.

Un auteur latin, Victor de Vita, rapporte que ceux qui sont rest?s ont ?t? supplici?s : les Vandales leur coupaient la langue et la main droite.


Apr?s la mort de Hun?ric, la puissance vandale commence ? faiblir. On pense que la ville s?est repeupl?e et que l?administration est progressivement repass?e entre les mains des autochtones.

La d?couverte, ? la fin des ann?es 1960, de pi?ces de monnaie frapp?es entre la fin du IVe et le d?but du VIe si?cle est l?indice d?une reprise ?conomique.

En 533, l?empereur Justinien envoie de Constantinople le g?n?ral B?lisaire, avec pour mission de chasser les derniers Vandales et de r?occuper l?Afrique. C?sar?e (Cherchell) est reprise l?ann?e suivante.

On n?a pas d?information sur Tipaza, mais il faut supposer qu?elle a ?t? occup?e ? la m?me p?riode.
C?est C?sar?e qui redevient capitale de la province. Tipaza, raval?e au second rang, s?efface.

C?est le d?but de la p?riode byzantine. Mais en d?pit de leurs efforts, les Byzantins ne parviendront pas ? restaurer la puissance romaine en Afrique.

Les troubles ne cesseront pratiquement pas jusqu?? l?arriv?e des Arabes : r?voltes paysannes, soul?vement des tribus maures et toujours, les donatistes qui, m?me vaincus, continuent ? faire parler d?eux.

Les musulmans, d?abord confin?s dans l?est du Maghreb, finissent par progresser vers l?ouest et atteindre, ? une date qu?on ignore, Tipaza.





On ignore ?galement ? quelle ?poque s?est effectu?e la conversion ? l?islam des habitants de Tipaza.

On peut supposer que, conform?ment ? la tradition de tol?rance de l?islam, il n?y a pas eu de conversions forc?es et les chr?tiens, comme ailleurs, ont b?n?fici? de la libert? de culte.

Les musulmans ont conserv? ?galement les monuments romains. On s??tonne, cependant, que les sources arabes de cette ?poque n?aient pas ?voqu? Tipaza.


Si l?on croit une tradition, rapport?e au XVe si?cle, par L?on l?Africain, c?est la dynastie chiite des Fatimides qui a ruin?, vers 975, la ville de Tipaza.

Toujours selon la m?me tradition, c?est de cette ?poque que date le nom de la ville, Tefsad, de l?arabe fasadet (elle est en ruines) de Tipaza.

En fait, la forme locale du nom ?tait Tifech, que citent les sources arabes et qui va demeurer jusqu?? la conqu?te fran?aise (1858). Tifech est la prononciation locale du mot berb?re tafza, le gr?s, en rapport avec cette pierre qui domine le paysage.

Le nom antique aussi devait provenir de ce mot, Tipaza n?en ?tant que la romanisation. Signalons que le nom de Tifech est encore attest? dans la toponymie actuelle (Ksar Tifech).
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